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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

La fable du faible

Plus préoccupants en vérité que les quatre pétards lancés hier à l’aube sur la Galilée en commémoration du partage de la Palestine – et qui, pour principal dégât, ont fait une hécatombe dans un poulailler israélien – sont les ultimes tic-tac de cette bombe à retardement menaçant d’emporter le gouvernement. À moins d’un arrangement au finish ou, plus probablement, d’un ajournement de la réunion du Conseil des ministres, c’est dans les prochaines heures en effet, à l’expiration du délai qui lui était imparti par l’ONU, que le Liban doit faire savoir s’il est disposé ou non à assumer sa part du financement du Tribunal spécial qui porte son nom.

 

Le débat sur la question n’oppose plus seulement les courants politiquement ou idéologiquement favorables ou hostiles à cette juridiction, puisqu’il s’est transposé au sein d’un gouvernement longtemps tenu, pourtant, pour monochrome. C’est essentiellement pour parer à d’inévitables représailles internationales que le Premier ministre Nagib Mikati a déjà fait son choix. Je démissionnerais plutôt que d’exposer le Liban à un désastre, affirmait-il ainsi la semaine dernière. Cette position mérite d’être saluée, bien sûr ; mais on eut tout de même aimé voir le chef du gouvernement invoquer aussi la nécessité d’un juste châtiment pour les commanditaires et exécutants de la vague d’assassinats qui s’est abattue ces dernières années sur le pays.


Durant ses quelques mois de pouvoir, Nagib Mikati a dû avaler couleuvre sur couleuvre. Harcelé par le clan Hariri il a dû, à maintes reprises, protester de son orthodoxie sunnite. Mais surtout, il a essuyé nombre d’affronts émanant, ironie du sort, de ceux-là mêmes qui l’avaient porté au pouvoir et qui constituent l’ossature de son gouvernement. C’est avant toute chose son autorité que bafoue le Hezbollah, quand il se pose en maître de la décision en lieu et place de l’État ; et c’est à sa dignité personnelle que s’en prend régulièrement un Courant patriotique libre pressé d’encaisser les dividendes de son entrée au pouvoir.


Or voilà soudain que le chantage donne lieu à une inversion des rôles, que c’est le faible Nagib Mikati qui impose désormais ses conditions à ses remuants partenaires, qu’il sème la confusion dans leur camp.

 

Démissionner, ce serait en effet frustrer Hezbollah et consorts du premier organe exécutif qui leur fait la part belle. Ce serait aussi dessaisir un régime Assad aux abois de la plus docile des remorques, d’un comparse qui désavoue les sanctions arabes frappant la Syrie et qui pousse la complaisance jusqu’à livrer à leurs tortionnaires les opposants syriens cherchant asile dans notre pays : toutes prestations qu’aurait bien du mal à fournir une équipe démissionnaire, et donc habilitée seulement à expédier les affaires courantes. En guise de consolation, Damas, Téhéran et leurs amis n’auraient même pas pour souffre-douleur un nouveau gouvernement Hariri, puisque le 14 Mars n’est nullement tenté de prendre la relève, ayant tout intérêt en effet à laisser jouer toutes ces contradictions.


C’est dire que l’impuissance est en passe de devenir quasiment générale. Et pas seulement chez nous, au demeurant. Pas plus que les révolutionnaires, la répression baassiste ne parvient, malgré sa férocité, à enfoncer le seuil critique qui ouvrirait la porte à un règlement. Pour historiques qu’elles soient, les mesures économiques, financières et politiques édictées dimanche dernier par la Ligue marquent, quant à elles, les limites de toute action concertée arabe contre le régime de Damas. Enfin, la menace toujours présente d’un veto russe (et chinois) continue d’interdire toute internationalisation en règle de la crise syrienne.


De cette somme d’incapacités, seul paraît émerger l’activisme effréné d’une Turquie qui s’estime concernée au premier chef, qui siège en tant qu’observateur très agissant au sein de la Ligue arabe, qui se voit même prier de participer aux concertations européennes d’aujourd’hui à Bruxelles. Et qui, pour la toute première fois, se dit prête à tout scénario, y compris celui d’une intervention militaire. Les Persans ne sont plus seuls à jouer dans le pré arabe.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Plus préoccupants en vérité que les quatre pétards lancés hier à l’aube sur la Galilée en commémoration du partage de la Palestine – et qui, pour principal dégât, ont fait une hécatombe dans un poulailler israélien – sont les ultimes tic-tac de cette bombe à retardement menaçant d’emporter le gouvernement. À moins d’un arrangement au finish ou, plus probablement, d’un ajournement de la réunion du Conseil des ministres, c’est dans les prochaines heures en effet, à l’expiration du délai qui lui était imparti par l’ONU, que le Liban doit faire savoir s’il est disposé ou non à assumer sa part du financement du Tribunal spécial qui porte son nom.
 
Le débat sur la question n’oppose plus seulement les courants politiquement ou idéologiquement favorables ou hostiles à cette juridiction,...
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