Les partisans du Parti populaire célébraient hier soir leur victoire à Madrid. Sergio Perez/Reuters
Le Parti populaire (PP) mené par Mariano Rajoy, 56 ans, qui devrait diriger le prochain gouvernement, gagnerait 181 à 185 sièges, tandis que le Parti socialiste (PSOE), au pouvoir depuis 2004, n’en aurait que 115 à 119, selon un sondage publié à la clôture des bureaux de vote. Les socialistes espagnols, au pouvoir depuis 2004, deviennent ainsi les nouvelles victimes d’une crise qui a déjà fait chuter les gouvernements grec et italien (voir page 8).
Autre nouveauté, la coalition indépendantiste basque Amaiur (gauche), issue de la mouvance Batasuna, bras politique de l’ETA, va faire son entrée au Parlement, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote. Cette nouvelle coalition aurait obtenu 6 à 7 sièges.
Au total, 350 députés et 208 sénateurs ont été élus pour quatre ans au scrutin proportionnel. Le Parti populaire devrait donc être en mesure de gouverner seul le pays, sans alliances avec les partis nationalistes régionaux comme c’est le cas aujourd’hui pour les socialistes. Deux fois candidat malheureux en 2004 et 2008 face au socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, Mariano Rajoy, un homme tenace mais sans charisme, devrait être investi chef du gouvernement à partir du 20 décembre, une semaine au moins après l’installation des deux Chambres du Parlement le 13. Surfant sur le mécontentement et la lassitude des électeurs, il n’a cette fois laissé aucune chance à son adversaire socialiste Alfredo Perez Rubalcaba, 60 ans, ancien ministre de l’Intérieur.
Perte de confiance
Sous la très forte pression des marchés financiers, le nouveau chef du gouvernement devra maintenant agir vite pour tenter de redresser l’économie espagnole. Depuis mai 2010, les Espagnols sont soumis à une politique d’austérité : baisse de 5 % du salaire des fonctionnaires, gel des retraites ou recul de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans. Vaincu par la crise, le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, s’était finalement résigné à avancer de quatre mois les élections prévues en mars 2012.
« Demain commencera une nouvelle étape au cours de laquelle notre seul objectif sera de vaincre la crise et le chômage », a assuré Ana Mato, chef de la campagne du PP. La crise économique, l’austérité et les cinq millions de chômeurs étaient justement sur toutes les lèvres. « Il y aura des coupes, mais c’est nécessaire », a ainsi réagi Antonio Garcia, médecin de 80 ans, venu célébrer la victoire devant le siège du PP à Madrid. Pour la première fois de sa vie, mais sans conviction, Octavio Arginano, un ouvrier madrilène à la retraite, âgé de 67 ans, a lui aussi choisi la droite. « Mon fils est au chômage depuis plus d’un an. Ma fille ne gagne que 600 euros par mois en gardant des enfants », a confié cet électeur. « Il faut qu’il y ait un changement, mais je ne suis pas sûr que quelqu’un sache quoi faire pour nous sortir de cette situation. »
La crise a entraîné une perte de confiance envers les grands partis politiques, une partie des électeurs estimant que ni la gauche ni la droite ne sera capable de remettre le pays sur les rails. Signe de cette défiance, exprimée depuis le mois de mai par le mouvement des « indignés », la coalition écolo-communiste IU (Izquierda Unida), qui compte actuellement deux députés, en aurait 9 à 11.
Électeur du Parti populaire en 2008, Fernando Javier Alvarez Granero, instituteur de 46 ans, a quant à lui « voté blanc pour la première fois ». « Tous les partis, de droite et de gauche, diffusent le même message ». Le Parti socialiste « a créé cinq millions de chômeurs et nous a menti sur la crise économique. Et je ne pense pas que Mariano (Rajoy) puisse apporter une solution aux grands problèmes de l’Espagne ».
(Source : agences)


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