Avec ce vote « s’achèvera un processus non écrit ni planifié de remplacement de tous les gouvernements des économies européennes considérées comme périphériques : la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Italie, en plus de l’Espagne », soulignent les analystes de Bankinter. Des pays bousculés ces derniers mois par les marchés, qui n’ont pas hésité, dans le cas espagnol, à remettre un coup de pression à quelques jours des élections.
Madrid a ainsi vu sa prime de risque – surcoût appliqué à l’Espagne pour emprunter à dix ans par rapport à ce que paie l’Allemagne, la référence en zone euro – battre des records, dépassant le seuil symbolique des 500 points. Pas sûr que la tempête se calme avec le changement d’exécutif. « Le nouveau gouvernement ne disposera pas de l’habituelle période de grâce de cent jours et devra transmettre des mesures et des objectifs concrets y compris avant son investiture » en janvier, prévient Bankinter.
Toute la semaine, le leader conservateur Mariano Rajoy a multiplié les paroles apaisantes. « La priorité est de donner un message de confiance aux marchés », a-t-il lancé, promettant de présenter rapidement « un premier plan de mesures économiques » pour prouver que « l’Espagne prend au sérieux la question du déficit public ». C’est le premier défi à relever : le pays veut réduire son déficit, de 9,3 % du PIB en 2010, à 6 % en 2011 puis 4,4 % en 2012 et 3 % en 2013. Mais la Banque d’Espagne et la Commission européenne doutent de cette trajectoire, en l’absence de mesures supplémentaires. En cause, les régions, dont le gouvernement devra mieux contrôler les finances. Même si le budget 2012 ne devrait pas être adopté avant début février, « nous nous attendons à ce que le gouvernement en fournisse un projet aux marchés avant la fin de l’année », indique José Abad, analyste de la banque Unicredit, espérant « un budget austère ». « La priorité va être la réduction du déficit, aussi douloureux soit le fait qu’il y ait 5 millions de chômeurs », confirme Juan Carlos Martinez Lazaro, économiste de l’IE Business School, évoquant ainsi l’autre grand défi, le taux de chômage de 21,52 %, record parmi les pays industrialisés. La réforme du marché du travail engagée en 2010 devra être approfondie, selon les experts : « Il faut en finir avec la dualité » entre contrats fixes et précaires en créant « un contrat unique », plaide Xavier Vives, professeur à l’IESE Business School. Car ce chômage est « le plus grand obstacle à la relance de la croissance », renchérit Juan José Toribio, aussi de l’IESE.
Troisième chantier donc, la croissance, qui a marqué un coup d’arrêt au troisième trimestre. Le gouvernement a reconnu mercredi qu’elle ne serait que de 0,8 % cette année, contre 1,3 % prévu. La récession pourrait faire son retour début 2012, selon les banques Goldman Sachs et Natixis, et l’institut français de statistique Insee.
Enfin, il faudra assainir une fois pour toutes le secteur bancaire, fragilisé par l’éclatement de la bulle immobilière. Il a désormais sur les bras 176 milliards d’euros de crédits problématiques et d’immeubles et terrains saisis. L’idée d’une « bad bank » regroupant ces mauvais actifs a été évoquée pendant la campagne. Au total, calculait cette semaine le journal El Economista, les dettes arrivant à échéance en 2012, que ce soit celles des banques ou du Trésor, représentent 335 milliards d’euros, et pour cela l’Espagne pourrait avoir besoin d’une aide de 100 milliards. Selon lui, Mariano Rajoy négocierait déjà avec la chancelière allemande Angela Merkel les conditions d’une aide financière de l’Union européenne à l’Espagne. « Une des premières décisions que le nouveau gouvernement pourrait être forcé à prendre est de négocier avec le FMI et/ou le (fonds européen) FESF une ligne de crédit, par précaution », estime José Abad. Si on parle de 100 milliards, « ce serait un sauvetage en bonne et due forme », s’inquiète pour sa part Daniel Pingarron, analyste d’IG Markets, qui envisage plutôt « des lignes de crédit temporaires et à bien moindre échelle ».
(Source : AFP)


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