A Houla, dans la province de Homs, on enterrait, aujourd'hui jeudi 3 novembre, les victimes de la répression syrienne. STR/
Vingt civils ont été tués jeudi par des tirs des forces de sécurité à Homs, dans le centre de la Syrie, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ils ont été tués dans différents quartiers de la ville, "où l'on peut encore entendre des tirs à la mitrailleuse lourde", a indiqué l’ONG en fin d'après-midi.
Les forces de sécurité ont par ailleurs procédé, comme tous les jours, à des arrestations. "Plus de 80 personnes ont été arrêtées jeudi à l'aube à Deir Ezzor (est) et dans les localités voisines", a expliqué l'Observatoire.
En revanche, des milliers de Syriens ont défilé en soutien au président Assad dans la ville côtière de Tartous. La télévision publique a parlé de "centaines de milliers de personnes manifestant pour soutenir la décision nationale et rejeter toute ingérence étrangère".
Les violences avaient déjà fait 34 victimes hier mardi : 11 ouvriers "tués par des hommes armés venant de villages pro-régime" dans la province de Homs, 8 civils tués par les forces de l'ordre à Homs et 15 membres des forces de l'ordre tués par des déserteurs, selon l'OSDH.
Ce nouveau bilan sanglant intervient au lendemain de l'acceptation "sans réserves" par le régime syrien d'un plan de sortie de crise proposé par la Ligue arabe, dans lequel il s'est engagé en particulier à mettre fin à la répression du mouvement de contestation.
Sceptique, l'opposition syrienne l'avait déjà pressenti. "Nous sommes satisfaits des efforts de la Ligue arabe visant à arrêter l'effusion de sang des Syriens et à les protéger des balles tirées par l'armée et la Sécurité (...) mais nous mettons en doute l'acceptation par le régime syrien des clauses du plan" arabe, ont déclaré jeudi dans un communiqué les comités de coordination locaux (LCC) qui chapeautent les manifestations contre le régime syrien.
Le plan prévoit un arrêt total de la violence pour protéger les civils, la libération des personnes arrêtées dans le cadre de la contestation, l'évacuation de toute force militaire des villes en proie à des conflits armés et l'autorisation pour les organisations concernées de la Ligue arabe et les médias arabes et internationaux de se déplacer librement partout en Syrie pour s'informer de la réalité de la situation.
Une fois que le gouvernement syrien aura fait preuve d'un "progrès tangible" sur ces quatre points, "le comité ministériel arabe ad-hoc effectuera les contacts et les consultations nécessaires avec le gouvernement et les diverses composantes de l'opposition syrienne pour préparer une conférence de dialogue national dans un délai de deux semaines", selon le texte du plan. Le plan ne précise pas de date pour le début de ce délai, ni de lieu pour la conférence. La Ligue arabe avait proposé dans un premier temps que le dialogue se tienne au Caire. Selon des diplomates arabes, le gouvernement syrien veut qu'il ait lieu en Syrie, ce que l'opposition refuse catégoriquement.
Une délégation du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des opposants, a d'ailleurs été reçue par le chef de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi. M. Arabi "nous a informés des détails de l'initiative arabe et de ses objectifs", a affirmé à la presse Samir al-Nachar, membre du bureau exécutif du CNS. Mais M. Nachar a nié que le CNS allait participer au dialogue avec le régime. "Non, nous ne parlons pas de dialogue, nous invitons à des négociations pour le transfert du pouvoir du régime tyrannique vers un régime démocratique et nous demandons à Bachar el-Assad de quitter le pouvoir", a-t-il dit.
Le Conseil national syrien (CNS) avait affirmé hier que Damas a répondu à la proposition de la Ligue arabe "par une escalade de la répression". Le CNS qui réunit la majorité des courants de l’opposition a appelé de nouveau l’organisation panarabe à "geler l’adhésion" de la Syrie.
"Le comportement sanguinaire du régime montre qu’il fait fi des efforts arabes visant à arrêter l’effusion du sang et à éviter les ingérences étrangères. Le régime veut gagner du temps", a-t-il dit, demandant au peuple syrien "de serrer les rangs et d’intensifier sa révolution pacifique jusqu’à la réalisation de toutes ses aspirations".
Les LCC de leur côté appelé "le peuple à vérifier les intentions du régime" envers ces différents points et relevé que s'ils sont appliqués, cela "permettra à de plus larges catégories du peuple syrien d'exprimer leurs véritables positions politiques en rejoignant les manifestants pacifiques dans les rues de Syrie".
Pour maintenir la pression en ce sens, les LCC appellent à "organiser des manifestations et des sit-in, en particulier demain vendredi dans toutes les places et rues, et à poursuivre la lutte non-violente jusqu'au renversement du régime".
Les militants ont appelé les Syriens à manifester vendredi sous le slogan "Allah est grand, contre les despotes et les tyrans". "Plus le régime réprime et tue, plus nous sommes déterminés. Le régime ne pourra pas se maintenir malgré (l'appui) de la Russie et de la Chine, ni en raison des décisions de la Ligue arabe, car le peuple est déterminé à obtenir la liberté", ont écrit les militants sur leur page Facebook "Syrian Revolution 2011". "Le régime est tombé depuis le premier jour où nous avons appelé à la liberté, et dès la première goutte de sang versée à cause des balles tirées par les tyrans", ont-ils ajouté.
Sur le plan international, la Chine s'est réjouie jeudi que la Syrie ait accepté le plan de sortie de crise. "La Chine accueille favorablement l'accord entre la Syrie et la Ligue arabe", a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hong Lei. "Nous espérons que les parties concernées vont réaliser des efforts concrets pour cesser toute violence et créer les conditions de résolution des problèmes par le biais du dialogue", a-t-il ajouté.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a appelé pour sa part M. Assad à "appliquer l'accord le plus tôt possible et comme convenu".
"Il est désormais vital que les engagements des autorités syriennes auprès la Ligue arabe soient mis en œuvre pleinement et rapidement sous surveillance arabe", a pour sa part déclaré Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne.
De leur côté, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ont réclamé une pression accrue sur Damas.
La Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, ont opposé le 4 octobre leur veto à un projet de résolution de pays occidentaux qui menaçait le régime syrien de "mesures ciblées" pour la sanglante répression.
Toutefois, une semaine plus tard, la Chine avait infléchi sa position en appelant le gouvernement syrien à "agir plus rapidement pour honorer ses promesses de réformes". La Chine est un fournisseur de premier plan de la Syrie dans les secteurs énergétique et militaire.
Les forces de sécurité ont par ailleurs procédé, comme tous les jours, à des arrestations. "Plus de 80 personnes ont été arrêtées jeudi à l'aube à Deir Ezzor (est) et dans les localités voisines", a expliqué l'Observatoire.
En revanche, des milliers de Syriens ont défilé en soutien au président Assad dans la ville côtière de Tartous. La télévision publique a parlé de "centaines de milliers de personnes manifestant pour soutenir la décision nationale et rejeter toute ingérence...


