Les locaux du journal ravagés par un incendie apparemment criminel dans la nuit de mardi à mercredi. Alexander Klein/AFP
L’hebdomadaire, qui vend environ 60 000 exemplaires, avait décidé de faire de Mohammad le « rédacteur en chef » de son numéro d’hier, afin de « fêter la victoire » électorale du parti islamiste Ennahda en Tunisie et l’annonce que « la charia serait la principale source de législation de la Libye ». Sur sa une, un dessin représente un Mohammad joyeux et débonnaire avec ces mots : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire ! »
Le dessinateur Charb, directeur de la publication, et l’un des chroniqueurs, Patrick Pelloux, ont donc établi un lien entre le sinistre et le numéro spécial de cette semaine, qui était normalement en vente dans les kiosques hier, et fait état d’un piratage informatique de leur site survenu hier matin « depuis l’étranger ». La page d’accueil avait été remplacée par une photo de la grande mosquée de La Mecque en plein pèlerinage, avec ces mots : « No God but Allah » ( « Pas d’autre Dieu qu’Allah » ). Dans une déclaration, la rédaction de Charlie Hebdo a clairement assuré « être contre tous les intégrismes religieux, mais pas contre les musulmans pratiquants ». « Nous sommes pour le printemps arabe, contre l’hiver des fanatiques », a-t-elle ajouté.
Depuis l’annonce lundi de la publication de ce numéro, le journal avait reçu des menaces. « Sur Twitter, sur Facebook, on a reçu pas mal de lettres de protestation, de menaces, d’insultes », que la direction du journal s’apprêtait à transmettre à la police, a indiqué Charb. Le journal avait déjà été menacé en 2006 lorsqu’il avait publié des caricatures de Mohammad parues dans la presse danoise, qui avaient déclenché de violentes protestations dans nombre de pays musulmans. Le quotidien danois Jyllands-Posten, qui avait publié ces caricatures, a d’ailleurs exprimé sa solidarité avec Charlie Hebdo. « Je me souviens très clairement des réactions que nous avons nous-mêmes reçues (...). Il est primordial de ne pas se sentir seul dans cette situation », a déclaré Lars Munch, directeur du groupe de médias propriétaire du Jyllands-Posten.
Dans la foulée des réactions qui ont suivi l’acte criminel, le Premier ministre François Fillon a notamment fait part de son « indignation » et demandé que « toute la lumière soit faite » sur cet acte, réprouvé unanimement par la classe politique. Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, qui s’est rendu sur les lieux, a quant à lui évoqué un « attentat » et estimé qu’il ne fallait « pas négliger » la piste de musulmans intégristes. Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a tenu à rappeler qu’« il n’y a pas de démocratie sans irrévérence, sans parodie ou sans satire ».
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammad Moussaoui, a pour sa part « condamné fermement » cet acte, s’il est confirmé qu’il est criminel. Mais il a aussi critiqué « le ton caricatural » du journal à l’égard de l’islam et de son prophète. Même tonalité du côté de la Grande Mosquée de Paris : son recteur Dalil Boubakeur « condamne cet acte », mais rappelle que « le climat européen anxiogène d’islamophobie, fait d’amalgames et de stigmatisations caricaturales de la foi islamique et des musulmans, est fort regrettable et nuisible aux valeurs laïques et du vivre ensemble que les musulmans de France partagent pleinement ».
(Source : AFP)


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Mr Akl. Très bonne votre intervention. J'étais sur le ton de la plaisanterie, mais pour être sur celui du sérieux, je pense que vous avez bien posé le problème.
13 h 34, le 03 novembre 2011