La crise de la dette contraint les pays partageant la monnaie commune de faire un bond en avant pour rapprocher leurs politiques économiques nationales et durcir leur discipline budgétaire commune. En bref, à voler de leurs propres ailes. Aux yeux des pays restés à l’extérieur, c’est le projet de l’Union européenne à vingt-sept pays qui est vidé progressivement de substance au profit d’une Europe à deux vitesses.
Ainsi, le sommet européen d’hier sur la crise de la dette devait être suivi par un autre, mercredi, uniquement avec les dirigeants de la zone euro. Trop c’est trop, a répondu en substance le Premier ministre britannique David Cameron. « La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle de la Grande-Bretagne », a-t-il martelé. « Il est dans l’intérêt de la Grande-Bretagne que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux – et j’en ai parlé franchement avec eux – s’ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du marché unique, comme des décisions sur les services financiers qui concernent tout le marché unique », a insisté M. Cameron. En conséquence, les Britanniques ont exigé et obtenu qu’un autre sommet réunissant tous les pays de l’UE soit aussi convoqué mercredi à Bruxelles.
« Les pays de la zone euro ne peuvent pas décider dans leur coin quand leurs décisions affectent toute l’Union », a résumé un diplomate européen s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.
Agacé, le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, dont le pays n’appartient pas à la zone euro, avait feint l’ignorance en arrivant à Bruxelles hier.
Les dirigeants des pays non membres de la zone euro ont reçu le soutien du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui voit d’un mauvais œil la montée en puissance de la zone euro. « Il ne devrait pas y avoir de séparation entre la zone euro et le reste de l’Union européenne », a ainsi déclaré M. Barroso.
La Commission européenne est préoccupée par ce qu’elle perçoit comme une tendance grandissante à la gestion « intergouvernementale » de l’Europe par Paris et Berlin, qui marginalise les institutions communautaires et en premier lieu elle-même. En revanche, la France milite en faveur d’une montée en puissance de la zone euro en tant qu’entité à part pour donner corps à son idée de « gouvernement économique ». Mais ce point de vue n’est pas partagé par tous les dirigeants de la zone euro. Les Pays-Bas et la Finlande viennent ainsi de lancer une mise en garde en estimant que « tous les États membres doivent être impliqués dans les décisions » pour préserver la prospérité économique du continent, dans une lettre cosignée par la Suède.
À l’inverse, l’Allemagne plaide aujourd’hui pour aller encore de l’avant via une nouvelle réforme des traités, voire un arrangement entre les seuls pays de l’Union monétaire. Car, au bout du compte, une Europe à deux vitesses vaut mieux qu’une Europe immobile, a avancé récemment le gouverneur de la Banque centrale polonaise, Marek Belka.
(Source : AFP)


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