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Économie - Liban - Rencontre

Les organismes économiques menacent d’avoir recours au Conseil d’État

Les responsables des principaux organismes économiques se sont réunis hier pour dénoncer une fois de plus le ralentissement de l’activité économique et rejeter les propositions du gouvernement quant à la hausse des salaires. À l’issue de la réunion, les responsables ont proposé de mettre en place une politique socio-économique globale ; une responsabilité dont les gouvernements successifs se sont dérobés depuis trop longtemps. Ils ont également menacé d’avoir recours au Conseil d’État si le gouvernement s’obstinait à appliquer la décision de la hausse des salaires.

Les instances économiques se sont serré les coudes, ont haussé le ton et menacé d’avoir recours au Conseil d’État si le gouvernement ne revenait pas sur sa décision.

C’est au BIEL que les responsables des instances économiques ont tenu hier une réunion élargie pour « diagnostiquer » les maux dont est frappée de plein fouet l’économie libanaise et hausser le ton au sujet des dernières décisions du gouvernement qui portent sur les salaires. Prenant la parole devant un parterre de responsables de tous les secteurs d’activité, le président des organismes économiques, l’ancien ministre Adnane Kassar, a d’emblée indiqué qu’au-delà des tensions politiques locales et régionales, l’économie libanaise souffrait essentiellement de mauvaises décisions accumulées durant les gouvernements successifs, précisant ainsi que les fautes ne relevaient pas du gouvernement actuel. « La dernière décision en cours est la hausse des salaires, a déploré M. Kassar, ajoutant que le Liban est phagocyté par des difficultés sociales depuis plusieurs décennies, et sur ce plan, nous ne pouvons plus nous permettre de traiter ces maux avec des tranquillisants, a-t-il souligné. La hausse des salaires n’a jamais amélioré le niveau de vie des salariés et ce n’est qu’en mettant en place une politique socio-économique globale que nous parviendrons à alléger les difficultés des classes sociales les plus vulnérables », a indiqué l’ancien ministre, qui a précisé que le secteur privé ne peut porter, à lui seul, la responsabilité des maux socio-économiques dont souffrent les ménages.
« Le patronat est prêt à accepter une hausse de 200 mille livres du salaire minimum uniquement. Cela représente une hausse de 40 % du salaire minimum actuel, a souligné M. Kassar. Nous ne menons pas une campagne contre les salariés », a-t-il ajouté en précisant que les instances économiques œuvraient d’abord et avant tout pour le bien public.
De son côté, le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), Mohammad Choucair, a indiqué que la CCIAB se tenait à égale distance des salariés et du patronat. « L’économie libanaise ne peut espérer une phase de relance que dans le cas où les salariés obtiendraient leurs droits les plus basiques et que les patrons bénéficieraient d’un environnement propice aux investissements », a-t-il expliqué. M. Choucair a estimé que l’importance de cette rencontre tenait dans le fait que l’opinion publique sera mise au courant des positions des organismes économiques en ce qui concerne les décisions de l’État pour la hausse des salaires. « Une amélioration du niveau de vie passe par un accroissement des exportations et une augmentation de la capacité de production », a-t-il ajouté. Mettant l’accent sur le fait qu’une solution aux difficultés financières des ménages passait par la réforme de la CNSS, un accroissement des dépenses d’investissements et la mise ne place d’une véritable politique fiscale, M. Choucair s’est demandé comment un gouvernement qui regroupe des hommes d’affaires pouvait voter une telle décision.
Parallèlement, le président de l’Association des banques libanaises (ABL) Joseph Torbey a exprimé la solidarité du secteur bancaire avec les organismes économiques en déplorant le fait qu’une hausse aléatoire des salaires mènerait à une déstabilisation d’une économie, déjà secouée par les tensions politiques locales et régionales. « Une hausse des salaires mènera à la haussse des prix des biens et des services, ainsi qu’à une hausse des prix des loyers et des frais scolaires, entre autres », a mis en garde M. Torbey qui a par ailleurs estimé que les entreprises libanaises n’étaient pas en mesure d’absorber une telle hausse des coûts salariaux. Soulignant que la hausse des salaires ne fera que creuser le déficit public, il a expliqué que le pays ne supporterait ni une hausse des taxes ni un élargissement de la dette publique. Il s’agit de trouver une solution qui s’attaque à tous les aspects du problème. Pour cela, M. Torbey préconise de créer des opportunités de travail et de mettre en place des dialogues constructifs entre les différents agents économiques.
Même son de cloche pour le président de l’Association des industriels Neemat Frem, qui tient à préciser que les salariés sont des partenaires essentiels de l’industrie libanaise ; un secteur qui a bénéficié malgré les différents obstacles d’une croissance de 15 % à 20 % entre les années 2005 et 2010. « En 2008, lors de la dernière hausse des salaires, notre secteur a pu absorber cette hausse puisque la croissance économique de l’époque avoisinait les 7 %. Cette année, et selon les dernières estimations de la Banque mondiale, la croissance sera de 1,5 % à peu près », a rappelé M. Frem. Reprenant les appréhensions de ses acolytes, M. Frem a mis l’accent sur les risques d’inflation qu’une hausse des salaires causerait ; une inflation qui, à défaut d’améliorer le niveau de vie des ménages, plomberait leur pouvoir d’achat.
« Nous sommes révoltés », a lancé à l’assistance le président du syndicat des hôteliers Pierre Achkar. « La décision du gouvernement est anticonstitutionnelle, aléatoire et tribale », a-t-il martelé. Rappelant que le secteur touristique avait déjà assez souffert depuis les évènements de la guerre de juillet 2006, M. Achkar a souligné que le secteur avait su se ressaisir malgré l’absence de compensations, de politique touristique et même d’environnement propice au développement du secteur. « Que le gouvernement prenne conscience des échéances et qu’il se penche sur les moyens de soutenir les secteurs d’activité », a-t-il asséné.
Parallèlement, le président de l’Association des commerçants Nicolas Chammas a indiqué que le Liban faisait face non pas à des dangers externes, mais à des dangers provoqués par les dirigeants du pays. « Nous avons mis en garde le gouvernement depuis plus d’un an contre le recul de l’activité économique, mais aucun responsable n’a pris conscience de l’ampleur de la situation », a-t-il déploré en ajoutant qu’il y avait « des milliers de problèmes plus urgents que la hausse des salaires, auxquels devrait s’attaquer le gouvernement ». M. Chammas a demandé au gouvernement de revenir sur sa décision sous peine de « fâcher le patronat et les salariés, et de causer une inflation que les ménages ne sont nullement en mesure de supporter ».
À l’issue de la rencontre, les instances économiques ont publié une série de recommandations intitulées « Non à la décision... Oui au dialogue ». Dans le document, les instances économiques ont réitéré leur refus de la décision gouvernementale de relever les salaires sans prendre en compte des études scientifiques qui ont été effectuées à ce sujet et ont demandé au gouvernement de revenir sur sa décision. Les participants ont également déclaré que la décision est non conforme à la loi et qu’ils auraient donc recours au Conseil d’État en cas de signature du décret d’application. Enfin, les organismes économiques ont rappelé qu’ils se tenaient prêts à dialoguer avec toutes les parties et qu’ils continuaient leur campagne pour « sauver l’économie ».
C’est au BIEL que les responsables des instances économiques ont tenu hier une réunion élargie pour « diagnostiquer » les maux dont est frappée de plein fouet l’économie libanaise et hausser le ton au sujet des dernières décisions du gouvernement qui portent sur les salaires. Prenant la parole devant un parterre de responsables de tous les secteurs d’activité, le président des organismes économiques, l’ancien ministre Adnane Kassar, a d’emblée indiqué qu’au-delà des tensions politiques locales et régionales, l’économie libanaise souffrait essentiellement de mauvaises décisions accumulées durant les gouvernements successifs, précisant ainsi que les fautes ne relevaient pas du gouvernement actuel. « La dernière décision en cours est la hausse des salaires, a déploré M. Kassar, ajoutant que le Liban...
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