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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

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Beyrouth a beau se déployer bleu et blond, s’offrir les brises les plus douces après un été accablant, flamboyer au crépuscule et accrocher à ses nuits les plus belles étoiles, la rentrée reste morose. Manque d’élan ? Manque d’argent ? Manque de cause ? La crise est mondiale, ça peut consoler. Ou pas. Au fond, on aurait préféré qu’elle soit purement locale, que l’on puisse la mettre sur le dos de quelqu’un. Hélas nous n’avons pas l’exclusivité de la corruption et de l’incompétence, pas même celle du laisser-aller. Les Grecs ont fait mieux, semble-t-il, et c’en est presque vexant. À l’heure où le monde entier s’indigne, nous nous contentons d’observer. Nos ressources d’indignation se sont épuisées avec tout le reste, d’avoir été dépensées en vain.
Suspendus dans un entre-deux sans vrai conflit mais sans paix, sans ruine mais sans croissance, sans malheur mais sans sérénité, sans obscurité mais sans lumière, sans projets, sans ambition, sans panache, nous voilà noyés dans une sourde grisaille malgré le flamboiement de la saison, plus disposés à reculer qu’à aller de l’avant. Même les bonnes vieilles joutes télévisées, qui remplaçaient avantageusement la vacuité du politique et animaient nos longues soirées d’hiver, n’ont plus cours. La vérité c’est que le bon peuple du Liban s’ennuie.
Certes, on ne peut pas être éternellement en guerre, et il n’y a pas que les guerres pour mettre un peu de piment dans nos vies. Mais depuis que la Syrie a d’autres chats à fouetter, ceux qui, perchés sur ses épaules pour paraître plus grands, nous toisaient de leur belle hauteur nous impressionnent moins une fois posés à terre. La nouvelle majorité, qui semble employer toutes ses énergies à neutraliser le tribunal international, n’a plus d’idées pour faire avancer les dossiers sociaux et trouve gênant d’œuvrer à notre mieux-être quand d’autres souffrent à nos portes. L’opposition, quant à elle, semble avoir, littéralement, perdu la tête.
Voilà pourquoi, sans amour et sans haine, il nous faut absolument trouver une issue à ce désert affectif. Et recommencer à aimer et haïr, châtier parce qu’on aime, combattre le mal avec le pire, bref, nous retrouver autour des enjeux qui nous permettent de communiquer avec notre chaleur coutumière : en nous insultant. Parce que voter pour que la grotte de Jeïta figure parmi les nouvelles merveilles du monde ou faire des neuvaines pour que le film de Nadine Labaki obtienne un Oscar, ou même voir aboutir le nouveau train d’augmentations salariales ne suffit plus à ranimer en nous la petite flamme friande d’adrénaline.
Beyrouth a beau se déployer bleu et blond, s’offrir les brises les plus douces après un été accablant, flamboyer au crépuscule et accrocher à ses nuits les plus belles étoiles, la rentrée reste morose. Manque d’élan ? Manque d’argent ? Manque de cause ? La crise est mondiale, ça peut consoler. Ou pas. Au fond, on aurait préféré qu’elle soit purement locale, que l’on puisse la mettre sur le dos de quelqu’un. Hélas nous n’avons pas l’exclusivité de la corruption et de l’incompétence, pas même celle du laisser-aller. Les Grecs ont fait mieux, semble-t-il, et c’en est presque vexant. À l’heure où le monde entier s’indigne, nous nous contentons d’observer. Nos ressources d’indignation se sont épuisées avec tout le reste, d’avoir été dépensées en vain. Suspendus dans un entre-deux sans...
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