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À La Une - Nostalgie

Des marguerites en chocolat

75 ans d’existence dans la plus grande discrétion, même lorsqu’ils étaient « fournisseurs de la présidence de la République libanaise ». Les chocolats Attié, de père en fils, ont su préserver le goût très pur du passé...

Après toutes ces années, les vraies guerres et les fausses paix, les tristes destructions et les tristes nouvelles constructions, les frères Attié sont toujours à la même adresse. Cachés au fond de l’entrée d’un immeuble de la rue Pasteur, ils continuent de fabriquer d’une manière artisanale leur chocolat et leur nougat dans un antre privé figé dans le temps. Pas de grosses machines industrielles, ici, tout se fait à l’ancienne et en quantité limitée. Rochers, chocolats noirs, au lait, aux noisettes, aux dattes, si les dattes sont fraîches, au nougat. Et nougat au miel... la spécialité de la maison.

 

Pierre et Bernard Attié, artisans chocolatiers.

 

Ici aussi, le logo est le même. Imprimé sur les mêmes boîtes pâles des années 50. On peut y lire, écrit dans la même calligraphie qu’autrefois : « Attié Frères. Beyrouth. Chocolat Surfin. Fournisseurs de la présidence de la République Libanaise. »
Ici règne aussi un silence ponctué par le bruissement des mains de Pierre et Bernard Attié, et celui des anciennes machines, des brûloirs, des cylindres, des mélangeurs et autres chaudrons en cuivre qui fonctionnent à leur rythme. Une vieille balance sur une table, des boîtes emballées et prêtes à la vente, des sacs de nougats donnent l’impression que le temps s’est arrêté. Pas vraiment pressés, mais ponctuels, pour livrer à temps les petites quantités de chocolat, les propriétaires interdisent la visite des lieux. Il règne un silence, enfin, car les frères Attié n’aiment pas les interviews, encore moins la publicité. Dans leur regard sévère et renfermé, on peut lire une fidélité au passé qui ne souffre aucun commentaire.

Héritage
« Notre père Georges est à la base de ce commerce, accepte enfin de confier Pierre, dans un murmure qui ressemble au renâclement des taciturnes. Son père travaillait dans les tissus. » Georges s’embarque pour la France en 1922, Clermont-Ferrand, Grasse, Saint-Étienne et Paris, pour apprendre les secrets du métier. Durant 6 ans, il va découvrir les procédés mécaniques de la fabrication traditionnelle du chocolat, des marrons glacés, de la confiture, des fruits confits et de la confiserie. Jacquin, La Marquise de Sévigné seront ses maîtres. En 1937, il rentre au pays et ouvre une usine à la rue Pasteur. « Il a commencé avec les confitures, poursuit Pierre. Mais ça n’a pas marché... Alors il s’est attaqué aux chocolats, aux macarons et aux nougats. » La gamme est limitée et haut de gamme. Les présidents de la République, même ceux d’avant l’indépendance, font leur commande hebdomadaire. De Habib el-Bacha à Chamoun, ils offrent avec fierté à leurs visiteurs le fameux chocolat en forme de marguerite, devenu le label du chocolatier, et le nougat au miel, lancé en 1950.

 

Les marguerites en chocolat.


Depuis 1967, les fils ont pris la relève. Tous les deux mettent la main à la pâte, tous les jours. Amers, comme leur chocolat, de voir le visage du Liban changer, les difficultés grandir et la qualité des choses diminuer, ils referment la porte derrière le visiteur et leurs secrets de fabrication, certains, sans doute sans regrets, qu’ils seront la dernière génération Attié de chocolatiers.

Après toutes ces années, les vraies guerres et les fausses paix, les tristes destructions et les tristes nouvelles constructions, les frères Attié sont toujours à la même adresse. Cachés au fond de l’entrée d’un immeuble de la rue Pasteur, ils continuent de fabriquer d’une manière artisanale leur chocolat et leur nougat dans un antre privé figé dans le temps. Pas de grosses machines industrielles, ici, tout se fait à l’ancienne et en quantité limitée. Rochers, chocolats noirs, au lait, aux noisettes, aux dattes, si les dattes sont fraîches, au nougat. Et nougat au miel... la spécialité de la maison.
 

Pierre et Bernard Attié, artisans chocolatiers.
 
Ici aussi, le logo est le même. Imprimé sur les mêmes boîtes pâles des années 50. On peut y lire, écrit dans la même calligraphie qu’autrefois :...
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