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À La Une - Le Point

L’apprentissage de la démocratie

Expression courante dans le langage américain : « If you can’t beat them, join them. » Parfaite illustration du dicton populaire, Hillary Clinton, interrogée samedi sur la chaîne de télévision al-Hayat sur l’attitude de son administration en cas d’entrée des Frères musulmans dans le gouvernement égyptien appelé à être formé après les prochaines élections législatives, a eu cette réponse désarmante de cynisme : « Nous sommes ouverts et désireux de travailler avec des ministres attachés à la non-violence, au respect des droits de l’homme et aux principes démocratiques. » Ah ! Qu’en termes diplomatiques ces choses-là sont mises, aurait (presque) dit Philinte.
Vingt-quatre heures plus tard, un haut responsable du département d’État choisissait de mettre carrément les pieds dans le plat, reconnaissant qu’en fait, le dialogue direct était déjà engagé avec les Ikhwane, au moment où leur numéro deux, Issam el-Aryane, jugeait bon, lui, de démentir tout contact avec Washington. Y a-t-il dans la salle un chef d’orchestre pour accorder les violons ?...
Le petit geste adressé à la confrérie constitue un pas de géant en direction des mouvements similaires dans le monde arabe, la Syrie en premier bien entendu, mais aussi la Jordanie, le Yémen et d’autres pays de la région où les extrémistes d’hier piaffent d’impatience en attendant de démontrer au monde que l’exemple turc a été parfaitement assimilé – merci pour eux. Maintenant que la formation de feu Hassan el-Banna a reçu l’onction US, il ne reste plus qu’à déblayer le terrain en prévision de la consultation populaire dont la première étape est prévue le 28 novembre, suivie dans les premières semaines de 2012 des deux phases suivantes, dont l’une sera consacrée à la désignation des membres du Majliss el-Choura (Sénat). Le choix du futur président de la République interviendra après l’élaboration d’une Constitution, en avril.
Les principaux protagonistes affûtent leurs armes en prévision de ces dates qui verront se produire l’inévitable affrontement sur la définition du rôle de la religion dans la vie politique. L’équilibre des forces est nettement en faveur du parti de la Liberté et de la Justice – nouveau nom que s’est donné la formation de Mohammad Badih –, assuré d’obtenir, selon des pointages concordants, jusqu’à 40 pour cent des 454 sièges en jeu. Le week-end dernier, ils ont obtenu satisfaction sur un point essentiel : l’exclusion de facto des hommes de l’ancien régime, sous peine de boycott, menaçaient-ils, imités en cela par une soixantaine d’autres formations politiques. Le risque ayant été écarté, les Frères reconnaissent aujourd’hui l’avoir évoqué pour accroître la pression sur le Conseil suprême des forces armées (CSFA) soupçonné, à l’image de son chef, le maréchal Mohammad Hussein Tantaoui, d’être favorable aux proches de l’ex-président Hosni Moubarak. Après tout, affirme maintenant Eryan, les partis sont constitués pour participer aux élections.
Sur ce front-là, tout est redevenu calme après un semblant de tempête (dans un verre d’eau). C’est, par contre, du côté copte que rien ne va plus après l’attaque contre l’église Marie Guirguis, à Marinab, dans la province d’Edfou. « Où sont les forces armées, le chef du gouvernement Issam Charaf, le ministère de l’Intérieur ? a tonné le jour même l’avocat Naguib Gobraël au cours d’une conférence de presse. Même les partis politiques font semblant de ne rien voir. Si vous croyez que nous allons rester silencieux, c’est que vous nous connaissez bien mal. » Pour le responsable de l’Union pour les droits de l’homme, il n’est pas vrai, comme le prétend le gouverneur d’Assouan, Moustapha el-Saïd, que ce lieu de culte n’est en fait qu’un centre de services sociaux. Il s’agit bel et bien d’une église, affirme-t-il, documents officiels à l’appui, et « ne vous en prenez qu’à vous-mêmes si demain nous nous adressons à des instances internationales pour assurer notre protection ».
Confrontés aux protestataires de la place Tahrir qui viennent de relancer leurs revendications, à la réalité du sort des minorités religieuses et aux manœuvres des partis, pressés par la rue de rompre avec Israël après les violences de la mi-septembre contre le siège de l’ambassade de l’État hébreu, les généraux paraissent déterminés à jouer la montre. En donnant le temps au temps, ils espèrent voir s’essouffler la « révolution du Nil » et ainsi consolider leur pouvoir. Après tout, l’armée est aux commandes depuis bientôt soixante ans, associée dans l’imagerie populaire, à tort ou à raison, à toutes les réalisations qui ont marqué la vie publique et forte d’un capital de sympathie pratiquement inentamé malgré des erreurs de parcours. Ainsi, l’apparition dans les rues du Caire, la semaine dernière, de Tantaoui en complet-veston et cravate a eu sur l’opinion publique un effet déplorable.
Un « mouchir »-président ? Tout le monde a vu dans l’image une allusion à une telle possibilité. Après tout, on a déjà vu des précédents, trois au total, quoiqu’à des grades moins élevés. Et avec les résultats qu’on connaît.
Expression courante dans le langage américain : « If you can’t beat them, join them. » Parfaite illustration du dicton populaire, Hillary Clinton, interrogée samedi sur la chaîne de télévision al-Hayat sur l’attitude de son administration en cas d’entrée des Frères musulmans dans le gouvernement égyptien appelé à être formé après les prochaines élections législatives, a eu cette réponse désarmante de cynisme : « Nous sommes ouverts et désireux de travailler avec des ministres attachés à la non-violence, au respect des droits de l’homme et aux principes démocratiques. » Ah ! Qu’en termes diplomatiques ces choses-là sont mises, aurait (presque) dit Philinte.Vingt-quatre heures plus tard, un haut responsable du département d’État choisissait de mettre carrément les pieds dans le plat,...
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