Des Bulgares se sont réunis dimanche à Plovdiv lors d’une manifestation anti-Roms. Dimitar Dilkoff/AFP
Le ghetto est sur le qui-vive depuis l’assassinat présumé le 24 septembre, dans le village voisin de Katounitsa, d’un jeune Bulgare par des parents du potentat rom local, Kiril Rachkov, surnommé le « tsar Kiro », arrêté depuis par la police pour avoir proféré des menaces de mort contre un membre de la famille de la victime. Des supporters de deux clubs de football de Plovdiv avaient mis le feu à trois des maisons du « tsar Kiro » et le drame a déclenché des manifestations quotidiennes contre les Roms dans tout le pays. « Pourquoi devons-nous répondre des actes de Kiril Rachkov, qui est aussi injuste envers nous qu’envers les Bulgares du village ? » s’exclame Gueorgui, d’origine rom, un ouvrier du bâtiment qui a travaillé pour le potentat avant, dit-il, d’être insulté et chassé sans être payé. « À cause des Rachkov, certaines de nos femmes qui balaient les rues en ville ont été menacées par des passants. Les rares familles qui ont préféré l’école de la ville à celle du ghetto n’ont pas laissé leurs enfants y aller pendant une semaine par crainte de mauvais traitements », dit Djamiset Djafer, candidat aux élections municipales du 23 octobre. Connu pour la production illégale d’alcool dans les années 1990, Kiril Rachkov serait aussi à la tête de réseaux de pickpockets, de mendiants et de prostituées à l’étranger. En Bulgarie, il n’a été condamné qu’à une amende pour insulte au cours des 22 années postcommunistes.
Dans le centre de Plovdiv, aucun Rom n’avait osé se hasarder dimanche, alors que plusieurs milliers de jeunes Bulgares, brandissant le drapeau national, manifestaient pour réclamer que la loi s’applique vis-à-vis des nouveaux riches, toutes ethnies confondues. Les manifestants ont aussi exigé « que la mendicité soit éliminée », que les « bâtiments illégaux soient détruits », que les parents dont les enfants ne vont pas à l’école ne touchent pas d’aides sociales, et que les vols de rails, de panneaux et de grilles de canalisation pour les vendre afin de les recycler – activité attribuée aux Roms – « soient considérés comme des actes terroristes ».
Plusieurs analystes soulignent qu’un ras-le-bol face à l’inefficacité de la justice – vivement critiquée par l’Union européenne – perce sous les tensions ethniques, par ailleurs attisées par les partis nationalistes, notamment Ataka, quoi ont 16 députés. « Nos parents, qui ont vécu la transition postcommuniste, sont trop déçus pour agir. C’est au tour des jeunes de réclamer que l’État prenne ses responsabilités », affirme Bogomila Ganeva, une manifestante de 30 ans.
« La révolte est sociale, pas ethnique. Le problème se situe entre la pauvreté injuste et la richesse inexpliquée », estime Antonina Jeliazkova, présidente du Centre d’études des minorités à Sofia. « Les jeunes qui protestent ne veulent pas émigrer, mais obliger les autorités à mettre de l’ordre, juge le politologue Alexandar Marinov. Ces jeunes expriment leur colère contre la pauvreté et les inégalités, et lancent un appel désespéré pour que justice soit faite contre une petite couche sociale d’intouchables. »
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