L’armée syrienne tentait hier d’écraser les opposants au régime du président Bachar el-Assad. Les opérations militaires se concentrent sur la ville de Talbisseh, dans la banlieue nord de Homs, selon des activistes locaux. « Des chars ont tiré sur Talbisseh ce matin et les communications restent coupées. La ville était une source de ravitaillement pour Rastan et elle est punie pour cela », a dit un opposant. « Des fouilles dans les maisons et des arrestations ont eu lieu pour le deuxième jour d’affilée dans la région », a-t-il ajouté. Les forces de sécurité se sont emparées ce week-end d’une grande partie de Rastan, point de ralliement d’opposants et de militaires dissidents. « Les opérations militaires ont cessé (à Rastan) après avoir fait des dizaines de victimes. Plus de 3 000 personnes ont été arrêtées dans la ville et certaines ont péri sous la torture », ont dénoncé les Comités locaux de coordination (LCC). Les rebelles en armes, pour la plupart situés dans la région de Homs et dans la province d’Idleb, sont jusqu’à présent dominés par l’armée syrienne.
À Douma, où des tirs de balles ont été entendus, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs personnes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Des opérations similaires ont été menées également à Deir ez-Zor et Saraqeb, dans le gouvernorat d’Idleb, près de la frontière turque. Six militants, arrêtés début août, ont été déférés hier devant la justice sous les accusations « d’incitation à des manifestations et à des dissensions confessionnelles, création d’organisations non autorisées et contacts avec des personnes suspectes à l’étranger », a encore indiqué l’OSDH.
Des opposants continuent de manifester pacifiquement, comme dimanche soir dans plusieurs quartiers de Homs. « Homs est libre », criaient les manifestants dans le quartier de Khalidiya. La ville souffre cependant de violences sectaires entre les quartiers alaouites et ceux habités par la majorité sunnite. Plusieurs éléments témoignent d’un mouvement de plus en plus violent. L’agence de presse SANA a rapporté que cinq personnes ont été tuées hier à Homs par des « groupes terroristes armés ». Selon des habitants, deux corps ont été trouvés dans le quartier sunnite de Karabid. Les autorités ont en outre annoncé l’assassinat, dimanche à Idleb, de Sarya Hassoun, fils du mufti Ahmad Hassoun, le plus haut dignitaire religieux du pays, nommé par Damas. Il s’agit de la première attaque contre le clergé syrien, qui soutient M. Assad depuis des décennies malgré la colère croissante des sunnites contre la domination alaouite.
Par ailleurs, des marches de soutien ont été organisées pour appuyer le « Conseil national syrien » (CNS), qui réunit pour la première fois tous les courants de l’opposition et dont la formation a été annoncée dimanche à Istanbul. « Des manifestations d’appui » ont eu lieu dimanche soir dans le quartier de Qadam à Damas en dépit du déploiement massif des forces de sécurité, ainsi qu’à Hama, Homs, Idleb, Deraa, Deir ez-Ezor et la province de Damas, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Des vidéos postées sur la page Facebook « Syrian Revolution 2011 », moteur du mouvement de contestation, ont montré des manifestants à Zabadani qui affirmaient leur appui au « Conseil national syrien, notre représentant unique et légitime », et demandaient le départ de M. Assad.
Au plan diplomatique, la France a salué hier la formation du CNS, sans toutefois aller jusqu’à en faire son seul interlocuteur légitime. « En annonçant le 2 octobre son unification au sein du Conseil national syrien, l’opposition syrienne a franchi une étape décisive », a estimé le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero. « La France appelle une nouvelle fois le régime syrien, qui cherche à diviser les communautés et poursuit sa répression brutale, à respecter l’expression politique du peuple syrien, qui réclame des réformes et la démocratie », a ajouté M. Valero. En outre, des organisations de la société civile du Golfe ont appelé hier leurs pays à reconnaître le CNS. « Nous appelons les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à reconnaître le Conseil national syrien (...) comme unique représentant légitime du peuple syrien et à retirer leur reconnaissance au régime syrien », a affirmé le Forum des sociétés civiles du Golfe.
Par ailleurs, l’ancien chef des Frères musulmans de Syrie, Ali Sadreddine al-Bayanouni, a assuré dimanche soir que la confrérie aspirait à l’instauration d’un État « démocratique » et non pas islamique en Syrie, en cas de chute du régime de M. Assad. Lors d’une conférence organisée par le centre Brookings de Doha, M. Bayanouni a affirmé que le CNS représentait « 80 % de l’opposition syrienne » et qu’il était « ouvert à ceux qui voudraient s’y joindre ». Il a affirmé aussi que les Frères musulmans, qui font partie de cette instance, « ne veulent pas imposer leurs vues à l’opposition ni au peuple syrien ». Il a appelé l’administration américaine à appuyer le soulèvement populaire en Syrie, estimant qu’elle devait « réaliser enfin que son intérêt est d’appuyer le peuple et non ce régime qui est fini ». La chute du régime de M. Assad n’est « qu’une question de temps », a répondu hier à Tel-Aviv le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta. Les États-Unis et d’autres gouvernements ont « clairement fait savoir que M. Assad devait quitter le pouvoir », a-t-il déclaré au début d’une tournée régionale. Selon lui, le régime syrien a perdu « toute crédibilité ».
En outre, les suites de la révolte syrienne se jouent aussi aux Nations unies, où l’opposition de Moscou et de Pékin a jusqu’ici empêché l’adoption d’une résolution. Quatre pays européens espéraient soumettre au vote un projet de résolution vendredi dernier. Ils espèrent désormais un vote aujourd’hui, dit-on de source diplomatique. La résolution a dû être une nouvelle fois remaniée pour persuader la Russie de ne pas poser son veto. De son côté, le département du Trésor des États-Unis a indiqué hier que les entreprises américaines n’avaient pas le droit de vendre ou de louer d’équipements de télécommunications en Syrie. Le Trésor a publié un document précisant le régime des sanctions mises en œuvre par Washington contre Damas.
D’autre part, selon un rapport d’Amnesty International publié aujourd’hui, des opposants et manifestants syriens en Europe et dans les Amériques ont été systématiquement surveillés et harcelés par des officiels des ambassades de Syrie ou par des personnes agissant au nom du régime syrien. Dans plusieurs cas, Amnesty a noté que les protestataires qui manifestaient devant les ambassades de Damas ont été filmés ou photographiés par des officiels syriens, avant de faire l’objet de harcèlements de différents types incluant des appels téléphoniques anonymes, des e-mails de menaces ou des messages envoyés sur Facebook les enjoignant de mettre un terme à leurs actions.
(Sources : agences et rédaction)


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