Pendant sept jours jusqu’à hier, des « jeunes de toute la Syrie, de toutes confessions et idées politiques confondues », se sont succédé au monastère de Mar Moussa, dans le massif montagneux de Nebek, à 90 km au nord de Damas, « pour une semaine d’effort spirituel », a expliqué ce prêtre, qui a fondé en 1992 une communauté monastique dans cet ancien monastère. Depuis lors, chrétiens et musulmans peuvent s’y retrouver pour prier et dialoguer. Cette semaine de retraite, que le père Dall’Oglio a qualifiée de « jihad spirituel » et qui vise à « demander la grâce de la réconciliation entre Syriens », était marquée par des temps de prière et de jeûne. « S’il pouvait y avoir une bonne raison pour mourir de jeûne, c’est pour demander une vraie liberté d’expression et de presse. Ici (en Syrie), c’est le mensonge qui règne, chacun croit ce qu’il veut croire », a poursuivi le religieux italien en soulignant « la difficulté de faire l’unité » au sein même de sa petite communauté monastique.
« Chacun a sa vérité, son analyse, lit les évènements d’une façon terriblement partisane. Le premier pas pour sauver ce pays est une authentique liberté d’expression, de presse et d’opinion. Il faut des garanties. (Le secrétaire général de l’ONU) Ban Ki-moon doit les demander comme exigence pour un dialogue diplomatique constructif », a-t-il dit. « Il faut reprendre la route d’un long, patient, exigeant dialogue », pour ne pas dériver « vers une situation irakienne ou libyenne », a-t-il observé. « Les penseurs sont réprimés, la peur gagne l’espace civil. Le désir de liberté est étouffé par les monopoles de la violence, entre les deux pôles de la violence, désormais armés », a-t-il dit.
Le père Dall’Oglio a cité Rafah Nached, psychanalyste syrienne de renom arrêtée à Damas. « Il faut libérer la parole. Si on touche à des gens comme elle, qui symbolisent la culture, la pensée, comment croire au dialogue et à la réforme qui sont les mots d’ordre du régime ? » a-t-il relevé. Le jésuite voit « une dérive dangereuse » avec des sanctions internationales qui « conduisent à un recul économique et social, et qui, dans un certain sens, vont dans le sens (de ce que cherchent ceux qui veulent) la répression ». « La France, amie du peuple syrien et poumon d’ouverture », a-t-il estimé, a commis « une faute en fermant toutes les institutions culturelles à Damas car c’est la société civile qui est frappée », a encore estimé le prêtre jésuite.
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