OLJ / Par Fifi ABOU DIB,
le 29 septembre 2011 à 01h45
On ne sait pas sur quoi on marche, sur quel dieu oublié, sur quelles joies effacées, sur quelles douleurs, quelles peines qui n’en valaient pas la peine, la preuve. La preuve, ces déchirures dans l’asphalte, là où se creuse un chantier, là où se trace une route, au sous-sol d’un centre commercial, quand se révèle, maussade d’être mise à nu, la mémoire d’un tracé très ancien. Cette ville sous la ville, sous la ville, sous la ville qui est notre habitat collectif, aussi enfouie soit-elle, est-elle étrangère à nos mœurs, à nos comportements d’aujourd’hui ? Le coup d’œil que l’on jette aux vestiges entourés de grillages, place des Martyrs, à Beyrouth, vacille entre curiosité et indifférence. On n’y voit souvent qu’une coquille vide faite de murs éboulés et d’espaces dont on nous dit, ici, qu’ils furent des thermes, là des marchés. On a beau cligner les paupières, appeler à la rescousse les anciens livres d’histoire et même quelques bandes dessinées, il faudrait beaucoup d’imagination pour apercevoir une vie dans ces parcs du temps arrêté, au cœur du tumulte. Certaines voies, pourtant, qu’elles soient phéniciennes, romaines ou byzantines, qu’elles nous viennent de l’empire ottoman ou du mandat français, ou qu’elles datent d’avant- guerre, ou même de la guerre, n’ont pas été tracées au hasard. Chaque rue mène à une source plus tard couronnée d’une fontaine, conduit à un temple devenu église ou mosquée, relie un port à un marché, achemine la mer vers les terres, facilite l’accès à un palais, un funérarium, un pôle autour duquel s’organisait la vie des habitants et que nous occupons, parfois de la même façon, aujourd’hui. On a beau raser, creuser, démolir, une autre ville surgit toujours de sous la ville pour nous rappeler, davantage encore que le poids de l’histoire, notre double responsabilité de passants et de passeurs. Sur ces traces qui vibrent sûrement d’une vie qui leur est propre résonne la frénésie de nos pas ; et les moteurs de nos véhicules projettent des sons aussi terribles qu’inconnus. Il y a pourtant de la bienveillance dans cette trame séminale sur laquelle nous avons tracé nos existences. Quelque chose qui nous promet que, quoi qu’il arrive, nos ombres ne connaîtront pas l’errance. Les patries s’inscrivent sur les passeports. Aux semelles s’accrochent les « matries ».
On ne sait pas sur quoi on marche, sur quel dieu oublié, sur quelles joies effacées, sur quelles douleurs, quelles peines qui n’en valaient pas la peine, la preuve. La preuve, ces déchirures dans l’asphalte, là où se creuse un chantier, là où se trace une route, au sous-sol d’un centre commercial, quand se révèle, maussade d’être mise à nu, la mémoire d’un tracé très ancien. Cette ville sous la ville, sous la ville, sous la ville qui est notre habitat collectif, aussi enfouie soit-elle, est-elle étrangère à nos mœurs, à nos comportements d’aujourd’hui ?Le coup d’œil que l’on jette aux vestiges entourés de grillages, place des Martyrs, à Beyrouth, vacille entre curiosité et indifférence. On n’y voit souvent qu’une coquille vide faite de murs éboulés et d’espaces dont on nous dit, ici,...
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Le palimpseste d'Archimède volé, puis retrouvé en 1996 nous permet en effet de comparer les volumes de la sphère, du cône et du cylindre, ces trois volumes qu’ on massacre actuellement avec le poids de nos véhicules et la pollution mortelle quotidienne qui brise notre existence mutuelle .
Antoine Sabbagha
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Antoine Sabbagha
Le palimpseste d'Archimède volé, puis retrouvé en 1996 nous permet en effet de comparer les volumes de la sphère, du cône et du cylindre, ces trois volumes qu’ on massacre actuellement avec le poids de nos véhicules et la pollution mortelle quotidienne qui brise notre existence mutuelle . Antoine Sabbagha
01 h 50, le 29 septembre 2011