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Cent jours de lassitude

C’est fini... Question ou constat ? L’été est-il vraiment terminé à la rentrée des classes ? Il reste pourtant deux bonnes semaines avant la fatale équinoxe qui emmènera les premières vraies pluies. Mais il faut se faire une raison. Bien avant les tartines, cartables, nouveaux livres et autres « fournitures », l’automne était tapi sous le premier platane de la route qui mène à la montagne, exactement au millième mètre d’altitude. L’air de rien, sous l’arbre encore vert, il te faisait tourbillonner quelques feuilles tombées d’épuisement sous les derniers dards du soleil. Frimeur, va ! Mais après le frimeur vient le frimas. Ce matin, en essuyant ces larmes crève-cœur des tout-petits qu’on envoie se frotter à la routine, à la grande inconnue du monde derrière le sombre portail, on se sentira comme englouti dans un grand vide.
Au fond, qu’aura-t-on fait durant ces quatre-vingt dix jours et leurs poussières ? Reçu les revenants saisonniers : et re-arak quand on s’était déshabitué de l’apéritif, re-mezzés jusqu’à pléthore, re-pastèques dont le parfum, la couleur, la fraîcheur et le goût résument les sens de l’été. Tout cela exacerbé les week-ends où, au village, on fait les choses en grand pour ne pas démériter de sa libanitude. Écumé les plages, celles où il faut aller parce qu’on y danse plutôt qu’on y nage ; celles où l’on préfère aller pour justement, sur un transat fané, lire tranquille un « roman de la plage » ; celles, confidentielles, où les femmes sortent de l’eau habillées, voilées, ruisselantes et, titubant sous le poids de la mer qui se venge, vont se jeter sur le sable comme des céphalopodes en fin de course. Après, il y a le crépuscule et ce soleil enfin refroidi qu’on peut saisir entre deux doigts comme une confiserie céleste, juste pour la photo, pour ensuite le laisser s’éteindre dans le gris des flots. Après il y a les étoiles et la fluorescence des vagues sous la lune. Et c’est juste beau comme est belle la nuit.
Au fond, qu’aura-t-on appris ? L’été en ce printemps arabe avait parfois des accents d’hiver. Des morts par cohortes, par cortèges, des carnages, des massacres de basse vindicte pour un élan simplement humain vers la liberté et la nécessaire dignité. On aura appris qu’à ce tournant de l’histoire, aux balbutiements de ce millénaire qui tarde à prendre forme, certains sont nés entre l’horreur et le sublime. Guerres, famines, crises économiques, vue de loin, la terre ne semble pas de première fraîcheur et de grandes difficultés s’accumulent à l’horizon du monde. En cette rentrée scolaire qui contraint grands et petits à relever les manches, armons-nous d’humanité.
commentaires (5)

Fifi, vous écrivez magnifiquement bien! Merci!

rosa zacharie

17 h 04, le 08 septembre 2011

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Commentaires (5)

  • Fifi, vous écrivez magnifiquement bien! Merci!

    rosa zacharie

    17 h 04, le 08 septembre 2011

  • La lassitude ? Ça fait partie de l'amour, cette fatigue, un moment donné, comme l'ombre d'une faille qui nous assombrit, loin de la montagne de la plage on replongera en automne prochain dans le sombre monde de la routine . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha .A.Nazira

    07 h 53, le 08 septembre 2011

  • au dela de votre grand talent poétique ,chère Fifi,on trouve encore la justesse de l'analyse;oui ,s'armer d'humanité mais pour qui? pour quoi? questions saugrenues ,déplacées ? ou simplement politiques? bien à vous J.P

    jacqueline petmezakis

    04 h 55, le 08 septembre 2011

  • Sentir le parfum entre vos mots au petit matin est le meilleurs des réveils. Merci la plume.

    LACAND Raymond

    03 h 56, le 08 septembre 2011

  • "...où les femmes sortent de l’eau habillées, voilées, ruisselantes et, titubant sous le poids de la mer qui se venge, vont se jeter sur le sable comme des céphalopodes en fin de course." Quel bonheur de vous lire! Je trouve mes sentirs dans vos mots. Au dela meme du plaisir, un sens d'accomplissement, tot le matin...

    Maria Jose Lasa

    02 h 06, le 08 septembre 2011

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