La mort, administrée par balles ou obus de canon ; l’humiliation, infligée à coups de gourdin ou de botte à des hommes agenouillés, les poings liés derrière le dos : ces révoltantes scènes qui inondent Internet et les grandes chaînes de télévision n’incluent pas (pas encore ?) les effroyables tortures pratiquées dans les sous-sols des centres de détention surpeuplés. Que nombre de jeunes, et même d’enfants, soient victimes de tels sévices ne fait qu’ajouter à l’atrocité d’une situation qui porte déjà les organismes spécialisés de l’ONU à envisager un recours à la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité. Mais peut-être le comble de l’horreur est-il atteint avec ces images en provenance de Hama, cité deux fois martyre et toujours indomptable. Hama où même les hôpitaux se sont vus impitoyablement privés de courant électrique. Hama où des nouveau-nés placés en couveuse ont succombé par suffocation.
Ce qui ne manque pas de couper le souffle, c’est le criminel aveuglement des tortionnaires face à la criante, l’accablante charge symbolique de ce sanglant haro sur la jeunesse. Ce qu’on a là en effet, c’est un régime datant de l’ère du rideau de fer, qui s’entête à nier la réalité du présent, celle d’une authentique quête populaire de liberté et de dignité, un régime qui croit assurer son salut en allant jusqu’à assassiner l’avenir. C’est à un passé fait de dictature du parti unique, de règne des polices secrètes, de lois d’urgence, d’arrestations sans mandat, de détentions sans jugement et de liquidations sommaires, le tout couronné par un affairisme de type mafieux que se raccroche le régime baassiste. Et c’est à un retour à ce même et odieux passé qu’œuvre objectivement toute puissance s’opposant à des pressions internationales accrues sur les autorités syriennes.
L’heure n’est plus, c’est vrai, où la complaisance des amis et des conciliateurs était sans faille, mais encore faut-il que Bachar el-Assad lui-même s’en rende compte. Tout réfractaire qu’il soit ainsi aux principes démocratiques, et bien que contribuant activement à la répression, l’Iran des ayatollahs conseille déjà à ses alliés de Damas de satisfaire certaines des légitimes demandes de l’opposition. C’est sur la même voie que la Russie cherche apparemment à pousser Assad. Mais alors que l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud perdent leurs dernières illusions quant à la volonté du régime syrien de se réformer, et semblent devoir se rallier enfin au projet d’une résolution musclée de l’ONU, Moscou ne cesse de brandir la menace d’un veto. Le Kremlin voudrait montrer au monde que glasnost et perestroïka n’ont jamais eu lieu, et que le goulag version exotique ne manque guère de charme, qu’il n’agirait pas autrement, en somme. Ce sont de fâcheuses réminiscences du massacre de la place Tien An Men que suscite à son tour l’attitude d’une Chine elle aussi adepte du veto, et visiblement plus soucieuse de sa spectaculaire performance économique que de l’image politique d’elle-même qu’elle offre au monde.
Un test pouvant s’avérer bien cruel attend enfin l’État libanais, lequel assume à nouveau, depuis jeudi, la présidence du Conseil de sécurité. Contrôlé par le Hezbollah, surveillé de près par la Syrie, l’actuel gouvernement s’est déjà tenu à l’écart d’une déclaration présidentielle à laquelle la Russie elle-même avait pourtant souscrit, de même qu’il a émis des réserves sur une récente proclamation de la Ligue arabe traitant des événements de Syrie.
Problème d’image là aussi, en format piteusement réduit.
Issa GORAIEB
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