A Alep, les funérailles d'un "martyr" tombé jeudi sous les balles des forces de sécurité, se sont transformées en protestations contre le régime. Photo tirée d'une vidéo YouTube
L'Union européenne a décrété vendredi un embargo sur les importations de pétrole syrien, renforçant un peu plus encore ses sanctions contre Damas en raison de la poursuite de la répression violente de la contestation dans le pays. "Compte tenu de la gravité de la situation en Syrie, le Conseil a décidé aujourd'hui de renforcer les sanctions à l'encontre de ce pays et d'imposer un embargo sur les importations de pétrole syrien vers l'UE", a indiqué l'UE dans un communiqué. "L'interdiction concerne l'achat, l'importation et le transport de pétrole et autres produits pétroliers venant de Syrie", précise le communiqué.
L'embargo est effectif immédiatement, mais n'entrera en vigueur que le 15 novembre pour les contrats en cours selon des sources diplomatiques. L'UE a également décidé d'étendre ses sanctions de gel d'avoirs et d'interdiction de visa à quatre hommes d'affaires accusés de financer le régime de Bachar al-Assad et à trois entreprises, dont une banque, selon ces mêmes sources. Ils s'ajouteront aux 50 personnalités, dont trois responsables iraniens, et huit entreprises ou organisations syriennes ou iraniennes déjà frappées par les sanctions européennes.
L'embargo sur les importations de pétrole syrien devrait avoir un impact certain auprès du régime : l'UE achète 95% du pétrole exporté par la Syrie, ce qui représente entre un quart et un tiers des recettes du pays.
En revanche, il a été décidé de reporter à plus tard l'option complémentaire, un temps envisagée, d'une interdiction de tout investissement européen dans le secteur pétrolier syrien. Cette possibilité fait partie d'un nouveau train d'éventuelles sanctions supplémentaires à l'étude, à propos duquel des discussions ont commencé en parallèle jeudi entre diplomates des Vingt-Sept à Bruxelles.
Les Etats-Unis avaient déjà décrété un embargo d'importation sur le pétrole syrien, mais cette sanction est surtout symbolique puisque les Américains n'importent pas de pétrole syrien.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a annoncé que son pays voudrait
développer ses contacts avec l'opposition. "En Syrie, nous ne relâcherons pas nos efforts pour obtenir la fin de la répression et l'ouverture d'un dialogue démocratique", a-t-il ajouté. Le ministre français n'a donné aucune précision sur la manière dont les contacts avec l'opposition syrienne seraient développés, ni avec qui exactement.
Alain Juppé a également affirmé que la France espérait toujours que le Conseil de sécurité de l'ONU puisse adopter des sanctions contre le régime syrien. "Notre objectif, c'est d'obtenir au Conseil de sécurité une résolution condamnant l'usage de la violence contre la population et organisant un régime de sanctions. C'est un combat difficile mais nous ne baissons pas les bras", a-t-il déclaré.
A Istanbul, le 23 août, des personnalités de l'opposition syrienne avaient annoncé avoir mis sur pied un "Conseil national" destiné à coordonner leur lutte contre le régime de Damas. Selon les participants, ce "Conseil national" regroupe des représentants de l'ensemble de l'opposition syrienne, de l'intérieur et de l'extérieur de la Syrie.
Sur le terrain, malgré la répression meurtrière des manifestations, la détermination des militants pro-démocratie ne faiblit pas. Sous le mot d'ordre "la mort plutôt que l'humiliation", des milliers de protestataires sont descendus dans les rues pour réclamer la chute du régime.
Au moins 13 civils ont été tués par les forces de sécurité syriennes lors de ces manifestations, a affirmé en fin d'après-midi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). "Huit personnes ont été tuées aujourd'hui (vendredi) quand les forces de sécurité ont tiré pour disperser des manifestations à Erbine, Kfarbatna, Douma et Hammouriyé", des villes dans la région de Damas, tandis que trois personnes ont été tuées à Homs (centre) et à Talbissé (province de Homs) et deux à Deir Ezzor (est), selon l'OSDH. En outre, "des tirs nourris visaient tout ce qui bougeait ou toute personne qui sortait de chez elle dans le quartier de Bab el-Sbaa, à Homs", dénonce l'OSDH.
La télévision d'Etat syrienne a annoncé, de son côté, que les forces de l'ordre avaient "repoussé une attaque d'hommes armés à Talbissé" et avaient tués deux de ces hommes.
Une manifestation de femmes s'est également déroulée aussi dans la localité de Jassem, où les communications téléphoniques ont été coupées. A Amouda, des manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles était écrit "la Russie doit cesser d'exporter des armes aux régime", selon la même source. A Hama, une "immense foule" s'est rassemblée, en signe de solidarité, devant le domicile du procureur général de la ville, Mohamed al-Bakkour, qui a annoncé sa démission pour dénoncer la répression, dans une vidéo diffusée sur internet. Mais le régime a dit qu'il avait parlé sous la contrainte après son rapt. A Alep, les funérailles d'un "martyr" tombé la veille sous les balles des forces de sécurité, se sont transformées en protestations contre le régime, selon l'OSDH.
L'embargo est effectif immédiatement, mais n'entrera en vigueur que le 15 novembre pour les contrats en cours selon des sources diplomatiques. L'UE a également décidé d'étendre ses sanctions de gel...

