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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Tripoli, soutien sans faille de la gauche radicale latino-américaine pendant trois décennies

Les groupes révolutionnaires voyaient dans la Libye une alternative à Cuba ou à l’Union soviétique.
Le soutien sans faille du Venezuela au régime de Mouammar Kadhafi et la proposition du Nicaragua d’accorder l’asile au leader en fuite viennent rappeler les liens entretenus pendant trois décennies entre Tripoli et plusieurs mouvements révolutionnaires de gauche en Amérique latine.
Depuis le lancement du mouvement de la rébellion en février, le président vénézuélien Hugo Chavez affiche un soutien sans faille au régime libyen. Mardi, alors que les soutiens les plus inconditionnels de M. Kadhafi gardaient le silence ou anticipaient un changement de régime (Chine, Russie, Iran), M. Chavez a une nouvelle fois soutenu ouvertement son « ami », affirmant ne reconnaître « qu’un seul gouvernement, celui de Mouammar Kadhafi ». Le même jour, le Nicaragua s’est déclaré prêt à accorder l’asile au dirigeant libyen en fuite, par la voix d’un conseiller du président nicaraguayen Daniel Ortega. M. Ortega s’était lié d’amitié avec M. Kadhafi dans les années 1980, lorsqu’il dirigeait un gouvernement révolutionnaire (1979-1990) arrivé au pouvoir par les armes après avoir renversé le dictateur Anastasio Somoza.
Ces prises de position, pour le moins à contre-courant au moment où la transition politique de l’après-Kadhafi se dessine, illustrent les liens idéologiques mais aussi parfois logistiques noués par le leader libyen avec certains mouvements de gauche radicale du continent depuis son arrivée au pouvoir en 1969. Ces groupes voyaient dans la Libye une alternative à Cuba ou à l’Union soviétique, omniprésents dans le financement des révolutions du continent entre 1970 et 1990. « Dans les années 1970, de nombreux leaders révolutionnaires sont venus ici (en Libye). Moi je ne pouvais pas parce que j’étais dans l’armée. (Mais) lorsque le Livre vert est arrivé au Venezuela, nous avons suivi l’exemple de Kadhafi », déclarait M. Chavez lors d’une visite à Tripoli en 2009, à l’occasion des 40 ans de la révolution libyenne. « Je disais toujours à mes camarades de l’armée : si Kadhafi et ces jeunes militaires-là l’ont fait (prendre le pouvoir), pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? » expliquait alors M. Chavez, élu président en 1998 et auteur d’une tentative de coup d’État militaire en février 1992.
L’influence de Mouammar Kadhafi sur les mouvements d’insurrection en Amérique latine est intervenue « à un moment de rénovation né non seulement de l’échec des mouvements de guérilla en Amérique du Sud (Venezuela et Bolivie), mais aussi d’un questionnement mondial des partis communistes, en particulier d’Europe occidentale, qui étaient influents mais n’avaient pas le pouvoir », explique David Paravisini, ancien diplomate vénézuélien en Libye. « Dans ce contexte, Kadhafi a commencé à nouer des contacts avec des personnes qu’il faisait venir en Libye pour les former idéologiquement », poursuit-il, soulignant toutefois que « le seul appui solide de la Libye dans la région a bénéficié au gouvernement sandiniste » de M. Ortega au Nicaragua après le renversement de la dynastie Somoza en 1979.
Selon le général nicaraguayen à la retraite Hugo Torres, « Kadhafi a fourni plus de 300 millions de dollars au gouvernement révolutionnaire », qui avait aussi bénéficié du soutien de Cuba. Lorsque Violeta Chamorro a conquis la présidence du Nicaragua en 1990, les relations diplomatiques entre Managua et la Libye ont été rompues, avant d’être renouées au retour de M. Ortega au pouvoir en 2007. Dans les années 1980, la guérilla salvadorienne du FMLN avait été appuyée financièrement et logistiquement par la Libye. À la même époque, les mouvements de guérilla argentins Montoneros et ERP (guévariste) avaient aussi reçu un soutien de Tripoli, alors que les groupes révolutionnaires colombiens des FARC et de l’ELN avaient pu envoyer des contingents en Libye pour les former à la guérilla.
Mais ces coopérations ont progressivement été coupées par Tripoli dans les années 2000, alors que le chef de la Jamahiriya tentait de recouvrer une respectabilité internationale. Il y a quelques années, les FARC avaient « tenté d’entretenir des relations internationales avec Kadhafi, mais cela n’a pas fonctionné » car ce dernier ne voulait plus « que son pays apparaisse comme un soutien aux terroristes », témoigne le politologue colombien Ariel Avila.
©AFP
Le soutien sans faille du Venezuela au régime de Mouammar Kadhafi et la proposition du Nicaragua d’accorder l’asile au leader en fuite viennent rappeler les liens entretenus pendant trois décennies entre Tripoli et plusieurs mouvements révolutionnaires de gauche en Amérique latine.Depuis le lancement du mouvement de la rébellion en février, le président vénézuélien Hugo Chavez affiche un soutien sans faille au régime libyen. Mardi, alors que les soutiens les plus inconditionnels de M. Kadhafi gardaient le silence ou anticipaient un changement de régime (Chine, Russie, Iran), M. Chavez a une nouvelle fois soutenu ouvertement son « ami », affirmant ne reconnaître « qu’un seul gouvernement, celui de Mouammar Kadhafi ». Le même jour, le Nicaragua s’est déclaré prêt à accorder l’asile au dirigeant libyen en...
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