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Syrie : L’opposition minée par les divisions de la société

Analyse post-discours « Bachar el-Assad se projette dans son calendrier de réforme comme si de rien n’était, sans tenir compte des pressions occidentales ou turques », estime Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie.
22/08/2011

Dimanche soir, le président syrien Bachar el-Assad, dans une interview à la télévision d’Etat, a rejeté les pressions internationales et annoncé que le programme de réforme suivait son cours avec, notamment, des élections locales en décembre et des législatives dans quatre à huit mois. « Bachar el-Assad se projette dans son calendrier de réforme comme si de rien n’était, sans tenir compte des pressions occidentales ou turques. Et la chute qui semble imminente de Mouammar Kadhafi ne semble pas l’émouvoir », souligne Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie au sein du Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient. Une « sérénité », selon l’expert, qui repose notamment sur le véto russe à toute intervention militaire internationale en Syrie.

Par ailleurs, en ce qui concerne les réformes et élections annoncées, elles ne menacent pas le pouvoir d’Assad. « Le postulat de base de Assad est : Je me maintiens au pouvoir et à partir de ça, je vois ce que je peux offrir comme réforme à la population et à la communauté internationale », note M. Balanche. De fait, le projet de loi sur les partis exclut la formation d’un parti kurde ou d’un parti des Frères musulmans. « Et de toutes les façons, les élections seront manipulées comme habitude. Bachar el-Assad cherche simplement à intégrer au régime de nouveaux acteurs qui ne menacent pas son pouvoir », continue l’expert. De nouveaux acteurs comme les membres du Parti démocrate socialiste, formé par l’ancienne directrice du quotidien pro-gouvernemental Techrine, une incarnation, selon M. Balanche, de « l’opposition officielle ».

Le président syrien peut également jouer la montre en raison des profondes divisions qui traversent l’opposition. « Entre les islamiste et les autres, il n’y pas de collaboration possible. Ils se réunissent toujours séparément. Par exemple, à Lyon, les laïcs menaient la contestation au début. Aujourd’hui, ce sont de plus en plus les islamistes qui dirigent la contestation, avec des propos de plus en plus radicaux. Et ils ont éjecté les laïcs des comités », affirme le chercheur, qui estime que les islamistes « veulent reprendre le flambeau de la lutte contre Assad ». En ce qui concerne les laïcs, « ils sont toujours divisés, entre jeunes et vieux, entre courant droit de l’Homme et anciens communistes ».

Pour Fabrice Balanche, les divisions au sein de l’opposition ne sont que le reflet des très fortes divisions qui traversent la société syrienne. Des divisions qui sont au cœur de la politique des Assad. « Hafez el-Assad a joué sur les divisions de la société syrienne et n’a fait que les accentuer. Il a réussi à unifier la communauté alaouite derrière lui, puis a tout fait pour diviser les sunnites entre ville et campagne, entre kurdes et arabes, entre Alep et Damas… », souligne le chercheur, qui donne l’exemple de Damas pour étayer son propos. « Damas est une ville ingérable car elle est divisée en deux provinces : Damas ville, c'est-à-dire le centre qui compte 1,5 million d’habitants, et Damas campagne, qui encercle Damas ville. Aucun projet d’aménagement sur Damas ne peut voir le jour, car les deux administrations se mettent des bâtons dans les roues. Du point de vue de la gestion de la ville, la situation est catastrophique, mais d’un point de vue politique, ce scénario est génial car c’est toujours le président qui tranche. Et en Syrie, tout se fait sur ce modèle. C’est le principe du diviser pour mieux régner ».

Dans ce contexte, estime Fabrice Balanche, « seule une personnalité à poigne peut, malheureusement, rassembler les gens. Aujourd’hui, c’est Bachar el-Assad, avant c’était son père. Et il en va de même pour l’opposition. Dans l’opposition, seuls des personnalités à poigne peuvent rassembler, donc les moins démocratiques. Ceux qui jouent la démocratie ne peuvent aller que vers la division ».

Selon l’expert, la grosse angoisse du président syrien était qu’à la faveur du ramadan, le monde arabe sunnite s’unisse contre lui. « C’est pour cela qu’il a joué sur la carte des classes sociales. Pour garder les « possédants » avec lui, le président agite le spectre des pauvres qui veulent prendre le pouvoir et s’approprier les richesses ». Jusqu’à aujourd’hui, la bourgeoisie sunnite, et de manière plus large la classe moyenne, n’ont pas basculé dans la contestation, selon le chercheur.

Et pour être bien certain que l’exaltation religieuse du ramadan ne resserre les rangs sunnites, Bachar el-Assad a décidé de frapper fort, d’où la répression violente des dernières semaines. « Assad savait qu’il fallait frapper fort pour rassurer l’armée qui aurait pu se fragmenter, pour rassurer les attentistes, et montrer aussi aux Russes qu’il est capable de tenir le pays et donc ils peuvent mettre leur veto à une intervention étrangère », note le chercheur.

Selon lui, on va donc vers l’« enlisement », et « vers une radicalisation de l’opposition, avec probablement des attentats. Un scénario similaire à celui du début des années 80 ». Le seul facteur pouvant faire basculer les choses étant le facteur économique. Sur ce point, les sanctions contre le secteur pétrolier syrien prises par les Américains et annoncées par les Européens, feront mal au régime. « Le pétrole représente quasiment un tiers du budget de l’Etat et pas mal de subsides pour les barons du régime qui détournent partie de la production pétrolière. Par ailleurs, le fait que Bachar el-Assad ait été déclaré illégitime, va entrainer un arrêt des investissements étrangers en Syrie. Or, ces investissements étaient tout de même un moteur de la croissance économique ces dernières années », note M. Balanche. L’économie syrienne en ressortira profondément affaiblie. « Mais le processus prendra du temps », relativise Fabrice Balanche, qui estime toutefois que les leaders occidentaux sont déterminés à faire tomber le président syrien : « Pour eux, cette fois, il faut vraiment casser l’axe pro iranien ».

 

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marcel girardin

Le 21 août 2008, à Sotchi au sud de la Russie, le président ASSAD a exprimé son soutien à la réaction militaire russe en Abkhazie et en Ossétie du Sud (deux territoires séparatistes ) en réponse à la provocation géorgienne.

Le 12 septembre 2008, à Moscou, Le commandant en chef de la marine russe, Vladimir Vissotski, et le général syrien, Taleb al-Barri, ont évoqué les perspectives de développement de la coopération militaire entre les flottes des deux pays.

Les perspectives de développement des infrastructures dans le port syrien de TARTOUS, où un poste d’approvisionnement de la marine de guerre russe, desservi par 50 militaires russes, était alors en service, avaient été l’un des principaux sujets évoqués par les deux délégations .

L' état-major de la marine russe s’était prononcé à maintes reprises en faveur d’une modernisation de ce port de TARTOUS dont la marine de guerre russe entendait faire un plus grand usage dans le cadre d’une présence navale renforcée en Méditerranée.

TARTOUS, situé en pays alaouite, contribue certainement au renforcement des liens entre la Russie et la communauté alaouite pour ne pas parler du clan au pouvoir et présenterait un grand intérêt dans le cadre d'un éventuel réduit alaouite.

Marcel GIRARDIN

JABBOUR André

- - Aujourd'hui ce sont de plus en plus les Islamistes qui dirigent la contestation en Syrie , avec des propos de plus en plus radicaux , après avoir écarté et éjecté les Laïcs des commutés , affirme le chercheur et spécialiste de la Syrie , monsieur Fabrice Balanche . Quand j'ai moi même évoqué ICI ces mêmes raisons , j'ai été traité de tous les noms et critiqué a volonté ..,, . Bien a vous chers lecteurs et (Z) amis .

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