Magnifique Robin Wright en Mary Surratt. (DR)
de Marco Bellocchio
Avec Giovanna Mezzogiorno
et Filippo Timi.
C’est une page tragique et oubliée par l’histoire qu’évoque Bellocchio dans ce magnifique film présenté en 2009 au Festival de Cannes. Il raconte la destinée d’Ida Dalser, l’amour caché de Benito Mussolini, qui lui donna un fils, Benito Albino, et qui se termina tragiquement pour la maman ainsi que pour le fils. À travers ce mélodrame, le cinéaste illustre le courage et le chemin de croix d’une femme trahie face à un régime implacable qui va l’éliminer, avec son enfant.
Bellocchio va devenir pour les besoins du film un enquêteur et découvrir l’histoire de cette jeune fille volontaire qui tomba passionnément amoureuse d’un jeune militant socialiste nommé Benito Mussollini. C’est en 1913 qu’Ida Dasler rencontre Mussolini qui deviendra plus tard le Duce. Vendant sa maison, ses bijoux et le reste, elle lui donnera la somme pour fonder son propre journal. Elle aura foi en lui et le poussera au pouvoir. Grave erreur, car lorsque ce dernier sera au pouvoir, il reviendra à sa première femme Rachel et reniera Ida. Il ira même jusqu’à l’interner et interner son propre fils afin d’effacer toute preuve de cet adultère. Elle mourra à l’hôpital psychiatrique de Venise en 1937 et Benito Albino finira ses jours dans l’asile de Milan, le 26 juillet 1942, à 26 ans, sans avoir pu revoir sa mère.
Sous la musique de Carlo Crivelli, ce film est un opéra, un théâtre d’ombres où Mussolini apparaît dans toute sa bestialité (surtout quand il fait l’amour). Une grande œuvre superbement interprétée par Giovanna Mezzogiorno, qui n’est pas sans rappeler avec son regard déchiré et bouleversant les yeux de Romy Schneider. L’actrice représente la faiblesse, mais aussi la témérité devant le régime fasciste sans cœur. En faisant le parallélisme dans un très beau montage entre les scènes d’internement d’Ida et de son fils et les scènes réelles des discours du Duce, Bellocchio rentre dans les méandres de la folie ordinaire et ... « Vincere », ce qui signifie gagne.
Planète Abraj
The Conspirator,
de Robert Redford
Avec James McAvoy
et Robin Wright.
L’histoire se répète et les États, gouvernements et autres institutions politiques ont la mémoire courte. Ils retombent toujours dans la même erreur. Celle de privilégier la raison d’État, l’intérêt du politique à celui de l’individu. Cet individu qui est souvent la victime sans que l’histoire ne retienne son nom. En effet, Mary Surratt, exécutée à Washington en 1865, a été oubliée. Cette femme fut condamnée à la peine de mort pour avoir été impliquée dans la conspiration, dirigée par John Wilkes Booth, qui conduisit à l’assassinat du président Abraham Lincoln.
Âgée de 41 ans au moment de sa mort, Mary Surratt (incarnée par Robin Wright) était propriétaire d’une pension de famille fréquentée par l’assassin de Lincoln et ses complices. Ce qui la poussa au silence durant ce procès, au cours duquel des témoins corrompus avaient fait état de l’amitié qu’entretenait son fils John avec l’assassin. Mary Surrat préféra donc être immolée à sa place.
Robert Redford (Ordinary People) signe là son huitième film, toujours aussi engagé. N’ayant jamais caché ses convictions politiques, il fait à travers ce film le procès de son propre pays et aborde des sujets très forts, notamment celui de la suspension des droits civils au nom des intérêts supérieurs de la nation.
Un scénario vigoureux et bien ficelé, et des rôles de composition très sincères – à noter que Robin Wright a la chance de montrer dans ce film la dimension de son talent – rendent cette œuvre intéressante. Certains trouveront que la fabrique est très classique mais, tout comme Clint Eastwood, Robert Redford sait faire dans la retenue et le minimalisme, et adapter la narration au sujet de l’époque.
Grand Cinemas ABC/ Saïda Mall, Planète Abraj/City Complex Tripoli, Cinemacity, Empire Dunes, Espace

