« La vie a commencé à reprendre progressivement son cours normal dans la ville de Hama. Les unités de l’armée qui ont été chargées de rétablir la sécurité et la stabilité dans la ville ont entamé leur repli de la ville après avoir accompli une mission de qualité qui a consisté à protéger la vie des civils et à poursuivre les cohortes d’éléments relevant des organisations terroristes armées qui ont semé la désolation et la destruction, et qui ont paralysé toute activité dans la ville. Les unités de l’armée sont intervenues et se sont opposées avec vigueur et un haut degré de professionnalisme à ces terroristes, et elles ont arrêté un certain nombre d’entre eux afin de les traduire en justice. Les unités de l’armée ont saisi dans la ville des quantités d’armes et de munitions détenues par les groupes criminels armés. »
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Détrompez-vous ... Il ne faut pas se fier aux apparences. Ces quelques lignes rendant compte des développements de la situation à Hama ne sont pas tirées de l’agence syrienne d’information SANA. Elles sont tirées de... l’Agence nationale d’information (l’ANI), qui a rapporté sur ce plan, dans son édition de lundi, une dépêche de sa « correspondante » à Damas. Pour ceux qui ne le savent pas encore, ou qui l’auraient oublié, ou qui feindraient de le faire, une précision s’impose : l’Agence nationale d’information est une agence libanaise, relevant de l’État libanais, et plus précisément du ministère (libanais) de l’Information ...
Certes, nul n’ignore le degré de suivisme et de vassalité des membres du nouveau gouvernement, ou du moins d’une bonne partie d’entre eux, à l’égard du régime syrien, leur parrain. Mais même le suivisme peut avoir certaines limites, si tant est que l’on a un minimum de dignité. Ce qui ne semble pas être ici réellement le cas.
Quelques interrogations surgissent, d’emblée, sur ce plan : Walid Daouk, le ministre de l’Information, a-t-il été « informé » du texte susmentionné avant sa publication – ce qui aurait dû, en principe, se produire compte tenu de la gravité et de la portée d’une telle information ? Dans l’affirmative, l’on est en droit de se demander, en tant que citoyen et, surtout, en tant que contribuable libanais, si l’ANI et, avec elle, le ministre de l’Information relèvent réellement de l’État libanais ou si leur autorité de tutelle est définitivement le pouvoir baassiste voisin. En cas de réponse négative à l’interrogation précitée, l’on est en droit de se demander si notre ministre de l’Information a réagi un tantinet à l’information de la « correspondante » à Damas et s’il a pris des mesures pour éviter cette dérive vers la syrianisation, ou plus exactement vers la « baassisation », de l’Agence nationale d’information. Sauf si une telle dérive est délibérée et qu’elle reflète bel et bien la nouvelle orientation de l’information officielle du cabinet Mikati.
Mais au-delà des considérations de forme et de procédure, force est de relever qu’au moment même où l’Agence nationale d’information publiait la honteuse correspondance, le chef du gouvernement soulignait, lors du Conseil des ministres réuni au Grand Sérail, que le Liban devait éviter de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Syrie, à l’ombre des circonstances actuelles de ce pays. Serait-ce trop demander à notre ministre de l’Information d’expliquer à l’opinion publique (libanaise) comment le gouvernement conçoit-il cette neutralité positive (puisqu’il faut l’appeler par son nom), prônée avec conviction par Nagib Mikati ? Est-ce, comme l’a fait si brillamment l’ANI, en épousant sans sourciller la thèse du régime baassiste ? Est-ce en qualifiant de « cohortes relevant d’organisations terroristes armées » et de « groupes criminels » les centaines et centaines de milliers de Syriens qui descendent dans la rue quotidiennement, depuis près de quatre mois, dans des dizaines et des dizaines de localités et villages en Syrie, défiant, sans armes, l’appareil de répression sanglante et meurtrière des « chabbiha », pour crier leur volonté de changement et leur aspiration à accéder aux libertés publiques, après quatre décennies de tyrannie ? Dans la conception du cabinet Mikati, la neutralité défendue par le Premier ministre s’exerce-t-elle dans un seul sens, au seul profit du pouvoir de Bachar el-Assad ?
Nul ne se fait d’illusion sur le prétendu « centrisme » de l’équipe Mikati face au projet du Hezbollah et à l’axe Téhéran-Damas. Mais, au moins, que les nouveaux responsables de l’exécutif fassent l’effort d’éviter les propos et les comportements qui constituent rien moins qu’une insulte à l’intelligence des Libanais.

