C’est sur base d’un tel constat qu’il apparaît particulièrement stupéfiant de relever que ces mêmes responsables et cadres partisans se montrent totalement déconnectés de certaines évidences, de certaines réalités socio-politiques locales. Il est surprenant ainsi de constater que les dirigeants du parti chiite se dotent d’œillères et ne parviennent pas à percevoir que le Liban n’est pas la propriété privée du Hezbollah. Il est consternant de relever à quel point le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, se comporte comme s’il était l’alter ego libanais du guide suprême de la révolution iranienne, le waliy el-faqih, Ali Khamenei. Il est consternant d’entendre Hassan Nasrallah marteler que l’État a pour mission de s’occuper des démarches diplomatiques en vue de la délimitation des frontières maritimes et qu’en cas de problème avec Israël sur ce plan, c’est le Hezbollah qui se chargera d’en découdre avec l’État hébreu.
Il est surprenant de souligner à quel point le leader du Hezbollah fait montre d’un manque total de professionnalisme et de sérieux lorsqu’il se permet, et de surcroît au nom de tous les Libanais, de placer, d’entrée de jeu, les potentielles richesses pétrolières et gazières du Liban au centre d’un nouveau conflit guerrier avec Israël, de sorte qu’on verrait mal les entreprises de prospection étrangères – dont le Liban a besoin plus que jamais pour exploiter ses fonds marins – se lancer, dans de telles conditions, dans la gueule du loup.
Il est surprenant de constater que le directoire du Hezbollah n’a pas l’air de réaliser que l’inconscient collectif des Libanais et que la nature même du tissu social du pays du Cèdre ne peuvent en aucune façon s’accommoder d’un système fondé sur le parti unique. Pour des responsables faisant preuve d’un haut degré de professionnalisme dans leur action politique, il est stupéfiant de constater à quel point ils ne perçoivent pas, dans le même temps, que l’ère du stalinisme est révolue depuis longtemps et que cela ne peut pas mener bien loin de recourir à la menace milicienne, à l’intimidation, au poids des armes pour, à titre d’exemple, neutraliser le résultat d’élections libres et renverser manu militari la majorité parlementaire issue des urnes. Les dirigeants du Hezbollah ne savent-ils pas, avec tout leur large savoir politique, que l’arrogance combinée à la répression finit par provoquer un effet boomerang ? Ne savent-ils pas qu’une réalité politique basée sur la logique milicienne, sur le seul rapport de forces, ne peut être qu’éphémère ?
Non, sayyed Hassan, le Liban n’est pas la propriété privée du Hezbollah. Non, les Libanais ne peuvent accepter qu’un seul parti, lié de surcroît par une idéologie politico-religieuse à une puissance régionale aux ambitions géostratégiques démesurées, s’arroge le droit de monopoliser la décision de guerre et de paix, en opposant, en plus, une fin de non recevoir à tout débat sur le sort et la finalité de son arsenal militaire. Non, le pluralisme libanais, qui fait la spécificité du pays du Cèdre depuis des siècles, ne peut s’accommoder de la présence d’un parti qui s’obstine à vouloir imposer son diktat et ses quatre volontés à toutes les composantes du tissu social libanais et qui brandit le prétexte fallacieux du complot et des impératifs de « résistance » et de la « moumanaa » (attitude de refus et d’obstruction) pour refuser toute critique, toute contestation, ou tout point de vue différent du sien.
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Un rapide survol de l’évolution de l’histoire du monde contemporain au cours des dernières décennies permet de mettre en relief deux schémas, deux modèles, deux approches diamétralement opposés de l’action macropolitique. D’une part, nous nous trouvons face à un projet politique fondé sur des intérêts réciproques bien compris, sur le respect de l’autre, sur le véritable partenariat dans la prise de décision... Un projet qui a abouti à la construction de l’Union européenne, laquelle reste malgré tout, et en dépit de toutes les crises qui la secouent, un projet de paix durable, un projet de prospérité, respectueux de la diversité, du droit à la différence, des spécificités socio-culturelles et des libertés publiques.
D’un autre côté, le projet « stalinien », fondé sur la terreur, la répression sanglante, sur l’occultation des spécificités, sur le non-respect des libertés. Un tel projet s’est avéré éphémère parce que basé sur la seule logique de la force. Il a abouti non seulement à l’effondrement de son modèle, l’Union soviétique, mais surtout à l’éclatement des entités pluralistes, telles que la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, dont le caractère pluraliste a été réprimé et artificiellement occulté mais qui a fini par resurgir sans tarder dès que la logique de la force s’est estompée.
Un parti comme le Hezbollah possède tout le potentiel, toutes les capacités, toutes les compétences requises pour que l’on puisse construire avec lui l’avenir. Mais un avenir stable, respectueux de l’autre, de ses spécificités, un avenir fondé sur un partenariat équilibré dans les mécanismes de prise de décision. Encore faut-il que ce parti fasse sa propre révolution culturelle, qu’il s’inspire du printemps arabe dans toutes ses dimensions, qu’il se départisse de sa logique milicienne, de la posture stalinienne qu’il a fait sienne, qu’il prenne conscience du fait que le Liban n’est pas sa propriété privée. Et surtout qu’il comprenne que les Libanais, dans leurs diverses composantes, ne peuvent accepter qu’on les force à être ancrés à une puissance régionale totalement étrangère à leurs aspirations et à leur mémoire collective.
Les développements actuels en Syrie et dans d’autres pays arabes apportent la preuve que le modèle de type stalinien finit par déboucher inéluctablement tôt ou tard – et désormais plus « tôt » que « tard » – sur une situation « à la syrienne ». Le contexte libanais et moyen-oriental présent devrait enfin pousser le Hezbollah à ouvrir les yeux et confronter la réalité.


Iran : les gardiens de la révolution organisent des manœuvres à Téhéran
Daniel Lange, désabusé, indigné c'est sûr, mais est ce seulement au Liban ? En Europe aussi, en Chine, aux us,en Afrique les peuples n'en peuvent plus de souffrir l'injustice qui leur est faite. Avez vous une idée de ce qui pourrait être l'origine de ce phénomène ?
04 h 44, le 03 août 2011