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À La Une - Coups D’Épingle

Dialogues et soliloques

Le secrétaire général du Hezbollah se disait étonné, mardi, de voir un certain nombre de ses compatriotes nier que sa formation ait soumis un quelconque projet de stratégie défensive lors des réunions de dialogue national.
« Vraiment, ces gens sont bizarres », a commenté Hassan Nasrallah, rappelant qu’il avait lui-même exposé ses vues en la matière au cours d’une séance tenue au printemps 2006. Invités à l’issue de son intervention à réagir, les autres participants au dialogue avaient, selon ses propres explications, préféré temporiser en arguant du fait que cet exposé méritait un examen approfondi.
Or, ajoutait-il, la Providence avait fait en sorte que les vues du Hezbollah fussent mises en œuvre sur le terrain très peu de temps après cette séance, lors de la guerre de juillet, et que cela avait conduit à la « victoire ». Naturellement, cela sous-entend que cette stratégie était la bonne.
Ces propos appellent plusieurs observations critiques. En premier lieu, indépendamment de ce que le numéro un du Hezbollah a pu dire ou ne pas dire au cours de cette fameuse réunion, il était convenu à partir d’un certain moment que chacune des parties prenantes à la conférence de dialogue devait présenter un document écrit exposant sa vision de la stratégie défensive à adopter. Cela, le Hezbollah ne l’a pas fait alors même qu’il est le principal concerné en la matière.
Ensuite, pour aller au-delà de cette affaire d’écrit et d’oral, Hassan Nasrallah reconnaît lui-même que les autres participants au dialogue n’avaient pas commenté son exposé. On en déduit donc que pour mener son opération d’enlèvement de soldats israéliens qui a provoqué la guerre de juillet et la mise en œuvre de ses conceptions « défensives », le Hezbollah s’était résolu à se passer purement et simplement de leurs commentaires.
Dès lors, la question que tout un chacun est en droit de se poser, par simple souci d’honnêteté intellectuelle, est de savoir s’il est vraiment utile de dialoguer avec quelqu’un qui, par avance, a décidé de faire l’impasse sur votre point de vue.
Troisièmement, une stratégie défensive, c’est en principe l’affaire de l’État, pas celle d’un parti politique. Ce que Hassan Nasrallah a pu dire ou écrire à ce sujet à la table de dialogue, dans ses prestations télévisées, en public, en privé, n’engage que lui et sa formation. En d’autres termes, il ne peut être qu’un « projet de stratégie défensive », lequel ne devient « stratégie défensive » qu’une fois qu’il est avalisé par les institutions de l’État. Toute autre approche ne saurait être, pour le moins, qu’une contribution à la culture de l’illégalité.
De plus, à supposer qu’on ne tienne pas compte de cette anomalie qui pourtant dénie à l’État et à la nation leur raison d’être, les propos du secrétaire général donnent à penser que son parti se laisse aller à commettre une grossière confusion entre stratégie défensive et tactique des opérations sur le terrain. Car enfin, que veut dire exactement l’expression « stratégie de défense » en l’absence d’objectifs de guerre clairement définis ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une guerre totale jusqu’à la destruction de l’ennemi, d’un conflit partiel censé se terminer avec la rétrocession d’un territoire occupé ou encore d’une vendetta à la corse ou à la sicilienne ? Force est de constater que le Hezbollah ne le dit pas et ne veut pas le dire.
D’ailleurs, dans cette affaire, les non-dits ne sont pas l’apanage du parti de Dieu. Tout le monde s’y est mis, au point que l’on peut considérer que le thème pompeux de « stratégie défensive » donné à l’ordre du jour de la conférence de dialogue national dissimulait lui-même un non-dit.
À la base, toute cette mascarade du dialogue avait été montée, on s’en souvient, pour dire à la communauté internationale que le Liban voudrait bien appliquer la résolution 1559 du Conseil de sécurité, qui ordonne le désarmement des groupes armés libanais et non libanais – tout comme l’accord de Taëf – mais qu’afin d’éviter une guerre civile, il le ferait par la voie du consensus intérieur. Voilà des années que cette comédie perdure, avec ses hauts et ses bas, sans que les hauts ne diffèrent véritablement des bas, car le Hezbollah n’a à aucun moment envisagé de désarmer. S’il existe un seul point sur lequel le parti de Dieu a toujours été sans équivoque, c’est bien celui-là.
Avec cela et tout le reste comme toile de fond, l’initiative que vient d’esquisser le président de la République en vue de relancer le dialogue a quelque chose de pathétique. Certes, dans le principe, il est toujours préférable d’inviter les gens à dialoguer entre eux qu’à se trucider. Mais après ce qui s’est passé ces six derniers mois, on espérait entendre autre chose que la voix qui, à la fin d’un entracte, rappelle le public à reprendre sa place.
Le secrétaire général du Hezbollah se disait étonné, mardi, de voir un certain nombre de ses compatriotes nier que sa formation ait soumis un quelconque projet de stratégie défensive lors des réunions de dialogue national.« Vraiment, ces gens sont bizarres », a commenté Hassan Nasrallah, rappelant qu’il avait lui-même exposé ses vues en la matière au cours d’une séance tenue au printemps 2006. Invités à l’issue de son intervention à réagir, les autres participants au dialogue avaient, selon ses propres explications, préféré temporiser en arguant du fait que cet exposé méritait un examen approfondi. Or, ajoutait-il, la Providence avait fait en sorte que les vues du Hezbollah fussent mises en œuvre sur le terrain très peu de temps après cette séance, lors de la guerre de juillet, et que cela avait...
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