Le ministre grec des Finances a tenté de rassurer les Grecs sur les implications d'un classement du pays dans la catégorie "défaut partiel" les appelant à la "discipline, au calme et à la dignité". Angelos Tzortzinis/
La mort dans l'âme, après 18 mois d'une épuisante course contre la montre, la Grèce, acculée par l'ampleur de sa récession et la cacophonie de ses créanciers, est poussée vers la catégorie des pays dits en "défaut partiel" de paiement, une première en zone euro.
Mardi, certains pays européens partenaires et créanciers du pays ont brisé un tabou en laissant filtrer que l'option d'un "défaut partiel" de la Grèce sur sa dette de 350 milliards d'euros était sur la table, en échange d'une poursuite de leur perfusion financière, ce qui poserait alors la question de son maintien dans la zone euro.
Officiellement, Athènes n'a aucune intention d'arrêter de payer une partie de sa dette, ce qui serait l'équivalent d'une faillite déclenchant une déflagration dans toute la zone euro et au-delà. La Banque Centrale européenne campe aussi sur la même ligne. Néanmoins, les solutions discutées en urgence pour mettre sur pied un deuxième paquet d'aide à la Grèce -à Rome vendredi- impliquant les créanciers privés risquent d'être analysées par une ou l'autre des agences de notation financière comme un "événement de crédit". Ce qui, dans leur jargon, signifie la rétrogradation du créditeur en fonds de classement, à "défaut partiel".
Le sommet extraordinaire de la zone euro annoncé vendredi soir pour le 21 juillet devrait permettre d'y voir plus clair sur les modalités du deuxième plan international d'aide à la Grèce, dont certaines des solutions étudiées associent justement les créanciers privés appelés à échanger leurs obligations contre d'autres à échéances plus longue ou à réinvestir l'argent qu'ils ont prêté à Athènes dans de nouvelles obligations, lorsque leurs titres arrivent à échéance.
Dès mardi, le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, a pris les devants en tentant de rassurer les Grecs sur les implications d'un classement du pays dans la catégorie "défaut partiel". "Le mot défaut partiel terrorise sans qu'il y ait de raison" a-t-il dit, en appelant les Grecs à la "discipline, au calme et à la dignité". "Il ne faut pas confondre une évaluation" du type de celles faites par les agences de notation, "et un fait économique réel".
Depuis plus d'un an, de nombreux acteurs des marchés, gourous de Wall Street ou de presse financière de la City de Londres, estiment bruyamment que la Grèce ne pourra pas s'en sortir malgré l'aide de la zone euro et du FMI, qu'elle fera défaut sur sa dette et en profitera pour sortir de l'euro afin d'activer plus vite sa relance économique via une dévaluation. Athènes les a qualifiés de spéculateurs, attirés par l'encaissement de juteuses primes sur les CDS (assurances sur les défauts de paiement).
Le Premier ministre socialiste, Georges Papandréou, explique depuis des mois, aux autres gouvernements européens, souvent conservateurs, qu'il faut pour éviter un défaut, tout en réglant la crise de la dette et de l'euro, souder l'ensemble de la zone, en lançant des euro-obligations.
A l'autre bout du spectre, la gauche radicale parie sur un défaut de paiement effectif: "Il n'y a plus de doute maintenant. La Grèce va faire défaut", a dit à l'AFP Costas Lapavitsas, professeur d'économie à l'École orientale et africaine de l'Université de Londres. Partisan d'un arrêt unilatéral des remboursements au nom de la défense du peuple contre l'hégémonie des marchés, il estime que la Grèce devrait effacer au moins 60% du total de sa dette pour relancer son économie réelle.
Alors que M. Papandréou mettait en garde jeudi contre les enjeux "cruciaux" des jours à venir, un haut responsable bancaire du pays, qui a requis l'anonymat, a confié à l'AFP que la Grèce était entrée cette semaine "en terrain inconnu".
Néanmoins, la Grèce et la zone euro "peuvent s'en sortir", estime Yannis Varoufakis, professeur d'économie à l'université d'Athènes. A trois conditions: "Les Européens doivent unifier vite les larges parties de la dette européenne, recapitaliser les banques en difficulté à un niveau européen et lancer un programme d'investissement massif". "Aux États-Unis, lorsqu'une banque installée à New York est en difficulté, ce n'est pas l'État de New York qui procède à la recapitalisation, c'est le gouvernement fédéral", dit-il.


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