Entre-temps, Mouammar Kadhafi, dont l’isolement ne cesse de croître, a adressé hier un nouveau message à ses partisans. Selon lui, le moment est venu d’en découdre : « L’heure de la bataille a sonné, préparez-vous pour marcher sur Benghazi, sur Misrata (enclave rebelle à 200 km à l’est de Tripoli) et sur les montagnes de l’Ouest », a-t-il dit dans le message relayé par haut-parleurs à ses partisans rassemblés dans l’est de Tripoli. « Je resterai aux côtés de mon peuple jusqu’à la dernière goutte de mon sang », a-t-il lancé, rejetant de nouveau les appels à quitter le pouvoir. M. Kadhafi s’en est de même violemment pris au président français Nicolas Sarkozy, dont le pays est à la pointe de l’intervention en Libye, l’accusant d’être un « criminel de guerre ».
En écho à son discours, le troisième en deux semaines, les rebelles de Misrata ont annoncé dans un communiqué que les pro-Kadhafi avaient tiré des roquettes sur l’enclave rebelle faisant quatre morts et 22 blessés. Ils ont appelé à l’aide, car « la ville connaît une pénurie de médicaments et de produits alimentaires ». Depuis la semaine dernière, la rébellion a avancé à l’ouest de Misrata, arrivant à une encablure de Zliten, dans une stratégie d’encerclement de la capitale libyenne, bastion du régime. Mais elle doit encore forcer ses troupes à la discipline, comme le montre l’attaque éclair lancée mercredi sur el-Assabaa : après avoir repoussé une contre-offensive des loyalistes, les insurgés ont fondu sur cette ville-clé, avant de se replier le lendemain et d’enterrer huit combattants. « Nous examinons les positions des forces de Kadhafi. Nous attaquerons après cela », a déclaré Mokhtar Lakdar, un commandant rebelle dans l’Ouest.
« Nous ferons sauter » Tripoli
La prise de Tripoli pourrait toutefois mener à un carnage, d’après ce qu’a dit le régime à l’émissaire russe Mikhaïl Marguelov qui a mis en garde contre un plan « suicidaire ». « Le Premier ministre libyen (Baghdadi Mahmoudi) m’a dit à Tripoli : “Si les rebelles prennent la ville, nous la couvrirons de missiles et la ferons sauter” », a-t-il déclaré, mettant par ailleurs en doute l’hypothèse selon laquelle le régime serait à court de munitions.
Sur un autre plan, M. Mahmoudi a annoncé la rupture de la coopération avec le géant énergétique italien ENI en raison de la participation de Rome aux frappes de l’OTAN. Mais le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a répliqué que c’est Rome qui ne « veut pas de tels contrats » avec Tripoli. Plus encore, selon la chaîne el-Jazira, un émissaire de Kadhafi va rencontrer la semaine prochaine des responsables américains dans un pays arabe non spécifié.
Alors que le conflit en Libye a fait des milliers de morts, le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a rejeté les accusations de Tripoli selon lesquelles plus de 1 100 civils ont été tués par les raids de l’Alliance. Plus encore, les pays de l’OTAN doivent fournir un plus grand nombre d’avions de combat pour frapper les objectifs militaires du régime de Kadhafi, a déclaré hier le secrétaire général de l’Alliance. Anders Rasmussen, qui venait de rencontrer à La Haye le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, a engagé les Pays-Bas et d’autres membres de l’Alliance atlantique à réviser leurs contributions à la mission en Libye, en soulignant la nécessité de raids aériens soutenus contre les positions kadhafistes. Les Pays-Bas ont récemment prolongé de trois mois leur contribution à la mission, mais Mark Rutte a déclaré hier que son pays ne mobiliserait pas d’avions pour frapper des objectifs libyens.
Ces développements interviennent à la veille de la tenue à Istanbul d’une quatrième réunion du groupe de contact sur la Libye, où une quinzaine de ministres des Affaires étrangères doivent discuter d’une solution politique au conflit et coordonner l’aide internationale à la rébellion. Y sont notamment attendus Hillary Clinton pour les États-Unis, Alain Juppé pour la France, Franco Frattini pour l’Italie et William Hague pour le Royaume-Uni. Moscou et Pékin ont décliné l’invitation.
(Sources : agences)


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