Dina Debbas et « Répercussions », que du bonheur ! Photo Nicolas Lieber
Elle murmure des confessions prudentes et sincères. Son antre, qui lui ressemble dans sa retenue, est dissimulé derrière de grands arbres porteurs d’histoires. Dans cette vieille et belle maison pleine de souvenirs, les siens et ceux d’anciens locataires qui y ont abandonné des poussières de vie, dépouillée de meubles et d’artifices, qu’elle transforme au besoin en studio photo, Dina Debbas se livre peu et puis un peu. Les interviews, c’est clair, ne l’attirent pas. Parler d’elle encore moins. Mais le projet « Répercussions », qui aura lieu du 13 au 17 juillet, était le prétexte idéal pour revenir, avec moult précautions, sur son parcours souvent improvisé. Des « Je ne savais pas quoi faire », fréquemment répétés, qui ont jalonné ses choix, et des coups de cœur qui l’ont confirmée dans ces choix.
Son enfance et son adolescence vécues à l’étranger, elle connaîtra de la guerre libanaise ses « lourdes conséquences »... À 17 ans, un livre sur les clichés de guerre déclenche en elle l’esquisse d’une envie de photojournalisme. Pourtant, elle fait des études de graphisme à la Rhode Island School of Design. Elle pratique le métier une année aux USA, et d’autres au Liban, qu’elle retrouve en 1997. « Je suis venue chercher quelque chose, » confie-t-elle. Au Liban, elle trouvera l’envie d’être dans l’humanitaire, « dans un domaine qui soit en rapport avec l’autre », corrige-t-elle. D’abord en tant que graphiste puis en tant que photographe. Elle collabore avec des ONG, principalement IRIN, Integrated Regional Information Networks, et l’Unicef. Elle photographie des enfants défavorisés dans des centres, des femmes au Yémen, des Palestiniens dans des camps de réfugiés. Jamais dans le voyeurisme, ni dans les clichés faciles ou violents, elle est plus dans une image qui montre, qui raconte et qui souhaite provoquer une réaction humaine. « J’ai toujours rêvé d’être sur le terrain en tant que personne utile. L’appareil photo est suffisamment important pour avoir le droit d’être là. Je ne suis pas une artiste qui a des idées folles, poursuit-elle avec lucidité, mais juste une photographe qui témoigne de quelque chose. Mes photos ne sont pas des exercices de style ». Et pourtant, Dina Debbas immortalise avec la même sensibilité les immeubles, les hommes politiques, de Gebran Tuéni à Hassan Nasrallah, que les femmes voilées. Elle affectionne particulièrement les portraits de famille qui sont pour elle comme une récréation, « une parenthèse, un moment durant lequel tout le monde est heureux ». Mais son plus grand bonheur, qui la fait franchement sourire et dont elle accepte de parler en détail, c’est le projet « Répercussions ».
Un langage commun qui se passe de mots
« Répercussions » est né d’une envie de créer un espace commun et neutre où des enfants d’origine, de religion et de milieu différents peuvent se rencontrer et dialoguer, en partageant une expérience artistique et humaine insolite et forte. Ce langage, au-delà de toutes les différences, se fait à travers la percussion corporelle, pratiquée par le groupe de danseurs afro-américain Step Afrika et son fondateur C. Brian Williams.
Aidée par les très motivées Yasmina Skaff, Cherine Moucadem, Tyma Daoudy, Rima Jreich et Nadia Tabbara, et avec l’accord du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qui a permis l’accès à toutes les écoles publiques, le projet se met en place. Des affiches en trois langues, anglais, français et arabe, ont été placées dans 10 établissements et 4 ONG, sur lesquelles on pouvait lire : « Tu es un instrument vivant. Les doigts, les mains et les pieds sont des instruments. » 150 enfants entre 11 et 15 ans, divisés en 7 groupes de 22 enfants, ont ainsi été invités à participer à un atelier de danse, qui aura lieu du 13 au 17 juillet et qui sera animé par le groupe Step Afrika. L’expérience sera clôturée par une performance unique, ouverte au public, à la place des Martyrs. « Tous ces enfants qui vivent dans des mondes différents ont fini par avoir peur les uns des autres. Ce projet, c’est surtout le temps qu’ils vont passer ensemble. Pour tous, ce n’est que du bonheur ! » avoue Dina Debbas dans un grand sourire. Et d’ajouter : « À long terme, nous espérons pouvoir créer un documentaire qui sera largement distribué. Former un groupe d’enfants durant 6 mois à un an. Ils pourront apprendre la percussion corporelle professionnellement et se produire dans des festivals au Liban et à l’étranger. Adapter le projet à des adultes et ainsi offrir un nouveau langage universel pour atteindre le plus grand nombre de personnes au Liban et dans la région. » Que du bonheur !
*« Répercussions », dimanche 17 juillet à 20 heures à la place des Martyrs. Entrée gratuite.



L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef