Y a-t-il un (ou des) responsable(s) à bord ? Question oiseuse, question superflue, à laquelle répondrait, sans la moindre hésitation, jusqu’à l’idiot du village. Question plus désespérante encore : les gouvernants, ou dits tels, sont-ils seulement conscients des prestations qu’en attendent les citoyens ?
Deux scènes observées d’un œil atterré lundi soir, dans un même journal télévisé, permettent d’en douter, chacune à sa manière. On voyait, dans la première, un ministre de l’Intérieur, tout récemment introduit dans ses fonctions, professer une bien étrange conception des tâches qu’il s’est vu confier. Celles-ci, comme tout le monde sait, consistent à préserver l’ordre et la sécurité en veillant à l’application de la loi : une gageure, conviendra-t-on volontiers, dans le Liban d’aujourd’hui, le Liban des cités interdites et de l’État milicien greffé sur l’État. Mais de là à tourner carrément le dos à ce problème, à s’en laver les mains...
Or c’est pratiquement ce qu’a fait le ministre quand il s’est dit absolument pas concerné par l’affaire des mandats d’arrêt lancés par le Tribunal spécial contre quatre citoyens libanais, en relation avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Étrennant son ministère, le général à la retraite Marwan Charbel avait pourtant fait part de son entière disposition à lancer des patrouilles de police autant de fois qu’il le faudrait pour tenter de retrouver les personnes recherchées.
Il y eut, depuis, le refus solennel du Hezbollah d’autoriser de telles arrestations. Dès lors, le ministre trouve plus politiquement correct – pour ne pas dire plus prudent – de laisser se débrouiller toute seule la justice. L’esprit en paix, peut-être pourra-t-il désormais consacrer toute son énergie au traitement de dossiers plus terre à terre, tel celui des routes qu’écument les assassins au volant, sans souci d’une maréchaussée apparemment non concernée, elle aussi. Car il n’y a pas que la politique qui tue – en abondance – dans notre pays, envié pour son extraordinaire vitalité mais où règne paradoxalement, par pure négligence ou indifférence, un scandaleux mépris de la vie humaine.
C’est véritablement miracle que l’incendie monstre d’une usine d’ustensiles de plastique – et c’était là la deuxième et triste scène du journal télévisé – n’ait pas fait de victimes. Il n’est pas question ici d’accabler le propriétaire de l’établissement sinistré, durement atteint déjà par des pertes matérielles se montant à plusieurs dizaines de millions de dollars. On ne s’étonnera pas moins cependant des graves lacunes relevées sur place au plan de la sécurité, ledit propriétaire se trouvant être, de surcroît, ministre, et donc plus que tout autre au fait des impératifs en la matière : lesquels impératifs s’étaient imposés à l’évidence déjà l’an dernier, lorsque prit feu une usine de produits chimiques.
L’usine est très règlementairement implantée, c’est vrai, dans une zone industrielle du Metn; mais au fil des ans, et au gré des permis de construction délivrés à profusion par des conseils municipaux adeptes du développement sauvage, les habitations ont envahi le site. C’est un redoublement de précautions que commandait dès lors aussi périlleuse promiscuité, surtout aux industries employant des matières hautement inflammables et à la combustion considérablement polluante. Car ce n’est pas avec de l’eau mais avec des produits spéciaux, censés être entreposés en quantités suffisantes sur place, que l’on vient à bout du plastique enflammé. Même l’eau a fait cruellement défaut d’ailleurs, l’admirable héroïsme des sapeurs-pompiers n’ayant d’égal en définitive que l’impréparation et l’indigence de l’équipement de la Défense civile.
L’été est là avec son sinistre cortège d’incendies de forêts, et il est fort à craindre que l’eau vienne encore à manquer. Jusqu’à quand cependant les nuages de fumée pourront-ils encore faire écran à l’incompétence, au laisser-aller, à la désinvolture que confère l’assurance de l’impunité ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Deux scènes observées d’un œil atterré lundi soir, dans un même journal télévisé, permettent d’en douter, chacune à sa manière. On voyait, dans la première, un ministre de l’Intérieur, tout récemment introduit dans ses fonctions, professer une bien étrange conception des tâches qu’il s’est vu confier. Celles-ci, comme tout le monde sait, consistent à préserver l’ordre et la sécurité en veillant à l’application de la loi : une gageure, conviendra-t-on volontiers, dans le Liban...


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