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Corps-à-corps

L’assassin qui revient toujours sur les lieux de son crime est sans doute le plus usité de ces increvables clichés que l’on trouve dans les polars et les films de série noire. À défaut de se répéter absolument, l’histoire ne dédaigne pas, elle non plus, le déjà-vu : en l’occurrence, ces colonnes blindées syriennes convergeant depuis plusieurs jours vers la cité en révolte de Hama, théâtre, il y a près de trois décennies, d’une effroyable répression dont le bilan demeure inégalé à ce jour.

Et c’est bien pour prévenir la réédition d’une telle hécatombe que l’histoire fait place soudain à l’innovation. Pour dissuader toute offensive finale contre son palais de Tripoli, qu’elle soit le fait de l’aviation de l’OTAN ou des forces révolutionnaires, Mouammar Kadhafi a ouvert ses parcs et jardins aux familles libyennes, qui viennent y pique-niquer de nuit comme de jour. C’est fort d’ailleurs de ce même bouclier humain, déployé en permanence autour de son bunker de Baabda, que le général Michel Aoun, du temps – combien lointain – où il menait une guerre de libération contre l’occupation syrienne, défiait un adversaire infiniment plus puissant.

Encore plus téméraire paraît un tel calcul en Syrie même où la répression étatique, comme on sait, ne regarde guère à la dépense. Un demi-million de manifestants antirégime dans les rues de Hama, hier, attendant de pied ferme les tanks, tireurs embusqués et cogneurs, était-ce vraiment assez pour conjurer un Hama II ? Suffisait-il par contre de la présence inopinée, sur place, de représentants de puissances occidentales pour conjurer le désastre ? Et si le corps diplomatique est capable d’en imposer de la sorte aux monstres d’acier lancés contre la contestation, verra-t-on un jour les ambassadeurs assumer des permanences tournantes dans les villes chaudes de Syrie ?

C’est dire qu’en se rendant dès jeudi dans cette ville, en signe de sollicitude pour sa population gravement menacée, l’ambassadeur des États-Unis, promptement suivi par son collègue français, a spectaculairement inauguré un type nouveau d’engagement international en faveur du changement, de l’évolution, du progrès. Ingérence dans les affaires internes d’un pays souverain, incitation à la révolte que ce tourisme de crise, comme s’en offusque furieusement Damas ? Mais, bien sûr, tout comme est ingérence criante cette incroyable liberté de parole et de mouvement que s’octroient, à Beyrouth, par exemple, les ambassadeurs de Syrie et d’Iran : qui, eux, ne sont certes pas suspects de se démener pour la cause de la démocratie.

Ingérence pour ingérence, notre pays semble promis, lui aussi, d’un côté comme de l’autre, à des degrés nouveaux d’interventions étrangères, toutes axées sur la question du Tribunal spécial pou le Liban. C’est une confiance des plus étriquées que vient d’obtenir en effet le gouvernement libanais, tant au plan international que domestique.

 

Individuellement ou en groupe, les membres de l’Union européenne s’alarment déjà du refus évident – et persistant – du Premier ministre de lever l’équivoque sur la manière dont il envisage de coopérer avec le Tribunal spécial pour le Liban. Se déciderait-il par miracle à le faire qu’il n’engagerait en réalité que sa seule personne. Maître effectif du gouvernement, le Hezbollah n’a pas pris de gants pour condamner sans appel la même justice onusienne que se promettait de respecter, dans son discours de jeudi devant l’Assemblée, Nagib Mikati : formule passablement creuse, peu susceptible, en vérité, de susciter le respect. Et encore moins la confiance.

De ces trois journées d’affrontements oratoires qu’a connues le Parlement, il ne restera finalement qu’une illusoire démonstration de liberté d’opinion et d’expression politiques, les prestations allant du morceau de bravoure à l’outrance, la grossièreté, l’injure. Rien qu’llusion en effet, dans un pays désormais régi par une incroyable hérésie, celle la démocratie armée. D’un seul côté, qui plus est.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

L’assassin qui revient toujours sur les lieux de son crime est sans doute le plus usité de ces increvables clichés que l’on trouve dans les polars et les films de série noire. À défaut de se répéter absolument, l’histoire ne dédaigne pas, elle non plus, le déjà-vu : en l’occurrence, ces colonnes blindées syriennes convergeant depuis plusieurs jours vers la cité en révolte de Hama, théâtre, il y a près de trois décennies, d’une effroyable répression dont le bilan demeure inégalé à ce jour. Et c’est bien pour prévenir la réédition d’une telle hécatombe que l’histoire fait place soudain à l’innovation. Pour dissuader toute offensive finale contre son palais de Tripoli, qu’elle soit le fait de l’aviation de l’OTAN ou des forces révolutionnaires, Mouammar Kadhafi a ouvert ses parcs et...
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