Centre-ville. Dans le secteur piétonnier, les vitrines annoncent les soldes. Des élégantes en talons calculent leurs pas entre les pavés incommodes. Des désœuvrés en marcel exhibent leur bronzage. L’horloge sonne midi, jour de semaine au plein cœur de l’été, et les paupières se plissent même derrière les énormes lunettes noires particulièrement résistantes aux aléas de la mode. Le temps s’éternise aux tables des cafés. Les glaçons au fond des verres font un bruit de débâcle. Le requin de chrome de Xavier Veilhan semble glisser sur une nappe de lumière déformée par la chaleur intense. Les portes des magasins s’ouvrent et se ferment à intervalles réguliers, au rythme indolent du chaland, offrant à chaque mouvement une bouffée d’air climatisé et parfumé de neuf. Si le luxe avait une odeur, elle ressemblerait à ça.
Beyrouth, centre-ville, 12h, un jour de semaine au plein cœur de l’été. Dans la perspective on peut voir, entre deux rangées d’immeubles, la circulation qui passe, rue Bab Idriss. Une vieille Opel qui fut rouge, une Jaguar rutilante, un Hummer, un Range Rover, une mobylette, un char d’assaut, un Renault Kangoo, un transporteur de troupes, une Nissan, une Honda (décidément, la Mercedes a moins la cote depuis qu’elle est vendue dans le circuit classique), et, reprenons, un canon sur fût, un autre, un troisième, et de nouveau un char, coincés dans l’embouteillage de mi-journée. Cherchez l’intrus. Il y a débat au Parlement. Les échos qui nous en parviennent en direct via la Toile sont du genre fleuri. Tous les noms d’oiseaux auront été cités dans cette volière fantastique. Chance pourtant que le Parlement soit encore lieu de joutes plutôt que d’ovations béates.
Prendre la route, un jour de semaine en plein midi. Fendre la géographie d’est en ouest. Traverser la Békaa, ses étendues tuftées, ses glaneuses médiévales, ses prés interdits, sentir les vapeurs du dégel malgré la chaleur infernale du soleil qui décline et suivre ce lacis qui monte. Il vous mène aux Cèdres par une voie antique. Voir la montagne comme jamais d’aussi près. Sa masse formidable, d’un seul tenant. La pente raide, véritable mur entourant le sommet, et puis la masse alluviale où le violet des lentilles sauvages strié d’or par un foin résiduel est la seule couleur du silence.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Bravo Fifi ! C'est toujours un bonheur de vous lire ! Bonjour de Paris Viviane
04 h 05, le 13 juillet 2011