Qu’a-t-il dit ? Lui qui a toujours déploré l’entrée des sociétés arabes « dans un monde nouveau avec des idées révolues », lui qui n’a cessé de répéter qu’une fois retirée la patine occidentale de la culture arabe il n’y resterait que « les mosquées, les églises et le commerce », lui qui expliquait la sacralisation en Orient du chef et des dictatures en général, par une « peur congénitale de la liberté et le confort du statut d’esclave », que demande-t-il à « Monsieur le Président » qui soulève à ce point la nausée de ceux qui ont pourtant toujours admiré sa plume ?
En apparence, il n’a rien dit de bien méchant, invitant grosso modo le président syrien à renoncer à la violence contre son peuple et à réviser la politique du parti unique. Ce qu’il a dit de scandaleux, en revanche, c’est que la société syrienne est un conglomérat de tribus, de confessions et de religions totalement dépourvu de culture démocratique et incapable de former un État en cas de chute du régime. Il s’est adressé à Assad le qualifiant de « président élu », ce qui est désopilant quand on connaît les scores de la famille depuis 40 ans. Ce qu’il a fait d’outrageux, c’est confier au tyran la tâche de libérer son peuple sans contester sa légitimité. On comprend le tollé. On soupçonne surtout Adonis de n’avoir jamais dépassé le traumatisme de sa propre liberté et que « le confort du statut d’esclave » lui est quelque part une nostalgie. On se dit que Platon ne devait pas avoir tort d’écarter les poètes de la cité. À l’épreuve de la réalité, leur angélisme est parfois catastrophique.
Au milieu de ce débat, la 3e victoire d’Erdogan, Premier ministre turc mais déjà un peu sultan. La petite phrase ? Erdogan annonce « à Beyrouth, à Tripoli, à la Syrie, à Gaza, au Moyen-Orient, aux Balkans et à l’Europe » la victoire de la paix, de la justice et de la stabilité. Dans un monde arabe fortement ébranlé par la déconfiture des États leaders, de l’Irak à l’Égypte en passant par la Libye et peut-être la Syrie, voici la Turquie proposant le giron de son islam éclairé, son conservatisme contemporain, sa démocratie fédératrice de tribus, de confessions et de religions. Peu de peuples ayant appartenu à l’empire ottoman gardent pourtant un bon souvenir de ce long épisode. Charybde ou Scylla ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef