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5 000 Libanais en colère

L'univers carcéral concerne au Liban quelque 5 000 prisonniers dont les deux tiers sont hébergés à Roumieh. Cette prison est la plus grande, mais aussi la plus moderne du pays. Elle est également plus médiatisée que les autres en raison de son surpeuplement. Bon an, mal an, au hasard des aides qui tombent d'ici ou de là, on y apporte un petit plus qui est aussitôt vandalisé par une mutinerie, et l'on retourne à la case départ.
Dans un pays privé d'esprit citoyen, où le contribuable verse son écot avec la plus grande méfiance à un État réputé véreux, la situation des prisonniers n'émeut pas grand monde et en tout cas ne fait pas partie des priorités des responsables. Tout le monde sait par ici que leur préoccupation première est d'assurer leur avenir politique. C'est pourquoi on ne peut que se féliciter des propos humains et fraternels du ministre de l'Intérieur au sujet des prisonniers de Roumieh. La prison ne peut rester éternellement un dépotoir insalubre où la société rejette ses damnés, croyant s'en purger. Ces derniers s'y entassent, privés de justice, avec des procès qui traînent, avec des années carcérales interminables et des crises gouvernementales qui viennent régulièrement saper tout espoir d'amnistie. On a beau les oublier, on sait qu'ils sont là, et quel que soit leur crime, la dette qu'ils remboursent est double. Comme l'a souligné Baroud, preuve de son empathie, enfermement et conditions de détention sont des peines conjuguées. Le seul moyen que possèdent les détenus pour se faire entendre est la violence. Mutinerie, mutilation.
Bien entendu, l'univers carcéral n'est rose nulle part. Mais au Liban, si la prison est la même pour tous ses pensionnaires, les prisonniers, eux, ne bénéficient pas des mêmes traitements. C'est à ce niveau précis que se mesure la faiblesse de notre démocratie. Pour vivre une détention décente, il faut déjà avoir de la famille. Quelqu'un qui soit prêt à braver le jeu de piste qui mène jusqu'au prisonnier, à payer des transports jusqu'à des lieux improbables, des sommes substantielles pour des droits de visite supplémentaires, des frais médicaux extravagants pour des soins sommaires. L'ordinaire des étrangers, nombreux, qui n'ont personne, est inqualifiable.
Il a plu ces derniers jours. Quand il pleut sur Roumieh, tout en haut de cette colline qui domine la banlieue nord de Beyrouth, le ruissellement qui achève de rouiller les belvédères forme des douves, déborde sur les flancs du promontoire, se déverse en torrents sur les routes descendantes. Les visiteurs se font rares. À l'intérieur de la prison, les saisons ne passent pas de la même manière, la lumière a une autre couleur, le temps une autre mesure. La dramaturge Zeina Daccache a réussi l'exploit de créer une pièce avec les prisonniers de Roumieh, leur offrant l'occasion inespérée d'une catharsis collective. Seule l'espérance permet certains miracles. Ils étaient alors « 12 Libanais en colère ». En l'absence d'un gouvernement pour alléger leur sort, les voilà des milliers. Le ciel par-dessus leur toit n'est ni bleu ni calme.
L'univers carcéral concerne au Liban quelque 5 000 prisonniers dont les deux tiers sont hébergés à Roumieh. Cette prison est la plus grande, mais aussi la plus moderne du pays. Elle est également plus médiatisée que les autres en raison de son surpeuplement. Bon an, mal an, au hasard des aides qui tombent d'ici ou de là, on y apporte un petit plus qui est aussitôt vandalisé par une mutinerie, et l'on retourne à la case départ. Dans un pays privé d'esprit citoyen, où le contribuable verse son écot avec la plus grande méfiance à un État réputé véreux, la situation des prisonniers n'émeut pas grand monde et en tout cas ne fait pas partie des priorités des responsables. Tout le monde sait par ici que leur préoccupation première est d'assurer leur avenir politique. C'est pourquoi on ne peut que se féliciter des...
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