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Soleil levant

Deux ou trois choses que je savais du Japon. La Vague d'Hokusai. Hiroshima. Yourcenar, féroce, qui envoyait à l'autre Marguerite : « Mais c'est vrai, quel étrange cri, Hiroshima mon amour. Et pourquoi pas Auschwitz mon Loulou ? » Le sushi qui fleurissait discrètement à Paris dans les années 80, que seule une poignée d'initiés prisait à l'époque, et qui a fini par séduire le monde, toutes générations confondues. Les Cent phrases pour éventails de Claudel. Autant de haïkus pas toujours habiles mais dont j'ai retenu : « Chut ! Si nous faisons du bruit/ le temps/ va recommencer. » Les mangas que regardait ma fille à 6 ans, qui me rappelaient les Goldorak et autres Candie de ma propre enfance, dessins à peine animés et pourtant drôlement captivants. Ceux, plus élaborés, d'Isao Katahata par exemple, que nous découvrons ensemble aujourd'hui. Le goût métallique des petites voitures en fer blanc de mon frère. À 3-4 ans, on connaît le goût de tout. Le suicide de Mishima, de Kawabata, de tous ces étudiants, écoliers, dirigeants en surchauffe, déshonorés de n'avoir pas atteint à l'excellence. Édith Cresson qui traitait les Japonais de « peuple de fourmis », au grand dam de son landernau effrayé par ses propres clichés. Les monticules de malles Vuitton sur les chariots des Japonaises dans tous les aéroports du monde. La gloire de Takashi Murakami qui a fait éclore ses fleurs sur la toile monogrammée. LV devrait faire quelque chose pour ces gens qui ont aimé à travers lui la France, avec passion, et qui ont tant contribué à son succès.
Et puis une chose, une seule que je saurai désormais du Japon : l'élégance avec laquelle son peuple encaisse l'une des plus grandes tragédies du millénaire. Ce sourire forcé, comme une violence que l'on se fait pour ne pas importuner autrui. La petite centaine de héros anonymes, qui rampent avec pour seule protection leur combinaison blanche et leur masque dans les canaux des centrales nucléaires, armés de lourdes bonbonnes d'oxygène et de lampes de poche, pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Ce commentaire entendu à la télévision, sur le « fatalisme actif » des Japonais. Formule admirable, qui dit exactement ce qu'est la dignité de l'homme face aux coups les plus terribles du sort : agir, faire ce que l'on doit, advienne que pourra. En 2004, le tsunami qui avait frappé l'océan Indien avait soulevé la compassion du monde. Celui du Japon force l'admiration. Nous aurions voulu pousser ce cri de solidarité : nous sommes tous des Japonais. Mais saurions-nous l'être ? De notre Méditerranée furieuse, bruyante et émotive, de ce Liban qui bourdonne et se gargarise de vains discours à défaut de saines initiatives, paix aux âmes des disparus et aux cœurs des vivants. Et surtout, respect.
Deux ou trois choses que je savais du Japon. La Vague d'Hokusai. Hiroshima. Yourcenar, féroce, qui envoyait à l'autre Marguerite : « Mais c'est vrai, quel étrange cri, Hiroshima mon amour. Et pourquoi pas Auschwitz mon Loulou ? » Le sushi qui fleurissait discrètement à Paris dans les années 80, que seule une poignée d'initiés prisait à l'époque, et qui a fini par séduire le monde, toutes générations confondues. Les Cent phrases pour éventails de Claudel. Autant de haïkus pas toujours habiles mais dont j'ai retenu : « Chut ! Si nous faisons du bruit/ le temps/ va recommencer. » Les mangas que regardait ma fille à 6 ans, qui me rappelaient les Goldorak et autres Candie de ma propre enfance, dessins à peine animés et pourtant drôlement captivants. Ceux, plus élaborés, d'Isao Katahata par exemple, que nous...
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