Et puis une chose, une seule que je saurai désormais du Japon : l'élégance avec laquelle son peuple encaisse l'une des plus grandes tragédies du millénaire. Ce sourire forcé, comme une violence que l'on se fait pour ne pas importuner autrui. La petite centaine de héros anonymes, qui rampent avec pour seule protection leur combinaison blanche et leur masque dans les canaux des centrales nucléaires, armés de lourdes bonbonnes d'oxygène et de lampes de poche, pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Ce commentaire entendu à la télévision, sur le « fatalisme actif » des Japonais. Formule admirable, qui dit exactement ce qu'est la dignité de l'homme face aux coups les plus terribles du sort : agir, faire ce que l'on doit, advienne que pourra. En 2004, le tsunami qui avait frappé l'océan Indien avait soulevé la compassion du monde. Celui du Japon force l'admiration. Nous aurions voulu pousser ce cri de solidarité : nous sommes tous des Japonais. Mais saurions-nous l'être ? De notre Méditerranée furieuse, bruyante et émotive, de ce Liban qui bourdonne et se gargarise de vains discours à défaut de saines initiatives, paix aux âmes des disparus et aux cœurs des vivants. Et surtout, respect.
Soleil levant
Par Fifi ABOU DIB, le 17 mars 2011 à 00h00
Et puis une chose, une seule que je saurai désormais du Japon : l'élégance avec laquelle son peuple encaisse l'une des plus grandes tragédies du millénaire. Ce sourire forcé, comme une violence que l'on se fait pour ne pas importuner autrui. La petite centaine de héros anonymes, qui rampent avec pour seule protection leur combinaison blanche et leur masque dans les canaux des centrales nucléaires, armés de lourdes bonbonnes d'oxygène et de lampes de poche, pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Ce commentaire entendu à la télévision, sur le « fatalisme actif » des Japonais. Formule admirable, qui dit exactement ce qu'est la dignité de l'homme face aux coups les plus terribles du sort : agir, faire ce que l'on doit, advienne que pourra. En 2004, le tsunami qui avait frappé l'océan Indien avait soulevé la compassion du monde. Celui du Japon force l'admiration. Nous aurions voulu pousser ce cri de solidarité : nous sommes tous des Japonais. Mais saurions-nous l'être ? De notre Méditerranée furieuse, bruyante et émotive, de ce Liban qui bourdonne et se gargarise de vains discours à défaut de saines initiatives, paix aux âmes des disparus et aux cœurs des vivants. Et surtout, respect.


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