Pluie fine. Soleil oblique. Miaulements rauques. On ne regarde plus le baromètre, en février, tout le monde sait qu'il est fou. Les amandiers sont en fleurs. C'est une manie des amandiers de fleurir plus tôt qu'à leur tour. Le monde arabe est en ébullition, et les médias, avec ce lyrisme facile dont ils sont coutumiers, qualifient le phénomène de « printemps ». Mieux vaut se méfier de ces printemps hâtifs dont la première bourrasque emporte les floraisons et toute promesse de fruit. Celui de Beyrouth, en 2005, est resté stérile. Nombre d'entre nous observent aujourd'hui l'effervescence régionale avec une sorte d'envie. C'est du Liban, leur semble-t-il, qu'est parti le premier élan, que s'est ouverte la brèche. Mais la révolution libanaise, si révolution il y eut, a tourné court. Passé le choc de l'assassinat de Rafic Hariri, passé le moment d'émotion où chrétiens et musulmans se sont retrouvés dans les mêmes rangs réclamant d'une même voix le retrait des troupes syriennes, passé ledit retrait, l'espérance nous tint lieu d'acquis. Il y eut ensuite ces mois terribles où les hérauts de cette journée du 14 Mars furent liquidés à tour de rôle. Il y eut la peur. Il y eut Israël. Il n'y eut plus rien qu'un goût de cendre. Quel sera le sort de ces nouveaux printemps, celui du Caire et de Tunis, et ceux qui semblent se préparer au Yémen, à Bahreïn, en Jordanie, en Iran ou ailleurs ? Cette boule de feu qui roule de pays en pays partout où gronde la frustration, cette violence qui explose brutalement parce qu'elle n'a jamais pu s'exprimer à travers les urnes, ne sera-t-elle qu'un moment de fierté suivi d'une longue période d'incertitude, de marasme et de désarroi ? Qui peut le dire. « Le temps du monde fini commence », écrivait Paul Valéry. Il entendait par là que toute terre habitée ou inhabitée était désormais déflorée, répertoriée, attribuée, conquise, achetée ou vendue. Par delà cette étape, nous touchons aujourd'hui à un autre crépuscule. Le monde tel que nous le connaissons touche à sa fin. Avec ses nouvelles technologies, avec son explosion démographique, avec son climat instable et ses ressources de plus en plus fragiles, il ne peut plus se contenter des systèmes politiques formulés pour un millénaire révolu. Les régimes totalitaires ne peuvent plus compter sur l'ignorance des peuples pour régner : l'information circule à la vitesse d'un clignement de paupière. WikiLeaks a bien prouvé qu'il n'y a plus de secret possible. Le temps du monde fini commence, et cette fin imprévue du monde tel que nous le connaissons est féconde en promesses de liberté et de solidarité. Puisse-t-elle les tenir.
Pluie fine. Soleil oblique. Miaulements rauques. On ne regarde plus le baromètre, en février, tout le monde sait qu'il est fou. Les amandiers sont en fleurs. C'est une manie des amandiers de fleurir plus tôt qu'à leur tour. Le monde arabe est en ébullition, et les médias, avec ce lyrisme facile dont ils sont coutumiers, qualifient le phénomène de « printemps ». Mieux vaut se méfier de ces printemps hâtifs dont la première bourrasque emporte les floraisons et toute promesse de fruit. Celui de Beyrouth, en 2005, est resté stérile. Nombre d'entre nous observent aujourd'hui l'effervescence régionale avec une sorte d'envie. C'est du Liban, leur semble-t-il, qu'est parti le premier élan, que s'est ouverte la brèche. Mais la révolution libanaise, si révolution il y eut, a tourné court. Passé le choc de l'assassinat de...
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