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Liberté, fraternité... fierté

« La manif du million », au Caire...Voilà qui en a fait rêver plus d'un à Beyrouth. Rêver du temps pas si lointain où, comme un seul homme, un million de Libanais, chrétiens et musulmans dans un même élan, s'étaient soulevés contre la tutelle syrienne. À nous aussi, on avait brandi la menace que des éléments incontrôlés s'infiltrent parmi la foule bon enfant. Il n'en fut rien. Restent des souvenirs inoubliables, celui des avocats en robe courant comme une volée d'hirondelles vers la place et des manifestants brisant l'étau de l'armée à coup de roses blanches. Comme cette Égyptienne qui confiait à la presse : « J'ai l'impression de redécouvrir mon peuple », nous ne nous reconnaissions plus, et cela nous rendait heureux et fiers. À l'époque on nous avait prédit les pires catastrophes, et notamment la plus plausible : que le Liban, privé de son mentor, partirait en éclats, victime de ses divisions internes. Tout ne s'est pas passé sans drames, mais nous voilà encore debout, réapprenant à marcher en trébuchant parfois, arrivant lentement à l'âge de raison. Le changement fait peur, mais il est salutaire.
C'est dire l'émotion avec laquelle nous saluons les jeunes qui ont rebaptisé la place Tahrir « place du 25 Janvier » car les places où naissent les hommes libres ne peuvent plus garder leurs vieux noms ; et ces gens qui réclament de meilleures conditions de vie, et ceux qui s'indignent que ce moment historique se perde en considérations matérielles et préfèrent appeler le pain « liberté » ; et l'ingénieur qui a distribué 15 kg de bananes ; l'intellectuel qui félicitait son fils de vivre ce moment historique, et ces centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui savent que désormais rien ne sera plus pareil, car « ils ont goûté à la place Tahrir ». Quoi qu'il advienne, comme à Beyrouth, ce moment aura eu lieu et rien ne pourra l'effacer.
Bienvenue dans le IIIe millénaire. Les États n'ont plus les moyens de jouer les providences avec des populations de plus en plus nombreuses et des ressources qui s'étiolent. Et forcément, les tyrans n'ont plus les moyens de leur tyrannie. Les armes de révolution massive s'appellent Twitter et Facebook, choses qui n'existaient pas en 1789 et n'avaient même pas pris en 2005. Nous vivons une époque fascinante. « D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte » écrivait Musset. Qui remplacera les autorités déchues ? Le retour du religieux est une option. La tentation démocratique une autre. À cheval entre les deux, le Liban sera-t-il le mauvais exemple du monde ?
« La manif du million », au Caire...Voilà qui en a fait rêver plus d'un à Beyrouth. Rêver du temps pas si lointain où, comme un seul homme, un million de Libanais, chrétiens et musulmans dans un même élan, s'étaient soulevés contre la tutelle syrienne. À nous aussi, on avait brandi la menace que des éléments incontrôlés s'infiltrent parmi la foule bon enfant. Il n'en fut rien. Restent des souvenirs inoubliables, celui des avocats en robe courant comme une volée d'hirondelles vers la place et des manifestants brisant l'étau de l'armée à coup de roses blanches. Comme cette Égyptienne qui confiait à la presse : « J'ai l'impression de redécouvrir mon peuple », nous ne nous reconnaissions plus, et cela nous rendait heureux et fiers. À l'époque on nous avait prédit les pires catastrophes, et notamment la plus...
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