Ils arrivent et rien d'autre ne compte. On ne suit même plus l'agitation, là-bas, en haut lieu, où ils en sont de leurs querelles, quelle nouvelle gabegie ils font passer en douce, ni quelle énormité se trame, quelle explosion ou quel pétard mouillé . On s'en fiche. On s'en fiche parce que le retour des enfants ramène dans chaque foyer la gaîté perdue le reste de l'année. Et la dignité qui va avec. Les familles réunies se sentent invulnérables. Et en tout cas totalement sourdes aux invectives qui tiennent lieu à certains de discours politique. Ceux dont on a respiré de longs mois le vieux pull oublié au fond d'un placard, ceux dont on a arpenté la chambre vide, l'âme en peine, ceux-là qui en partant nous ont amputé d'un membre inconnu de nous-mêmes, ceux-là que l'on supplie dans notre tendresse animale de nous enterrer, nos « to'borné » que notre destin de Libanais nous condamne à attendre, une ou deux fois l'an, davantage pour les plus chanceux, à la sortie des douanes, ceux-là transforment pour nous l'obscurité en lumière et les menaces en musique.
Ils arrivent !
Par Fifi ABOU DIB, le 16 décembre 2010 à 00h00
Ils arrivent et rien d'autre ne compte. On ne suit même plus l'agitation, là-bas, en haut lieu, où ils en sont de leurs querelles, quelle nouvelle gabegie ils font passer en douce, ni quelle énormité se trame, quelle explosion ou quel pétard mouillé . On s'en fiche. On s'en fiche parce que le retour des enfants ramène dans chaque foyer la gaîté perdue le reste de l'année. Et la dignité qui va avec. Les familles réunies se sentent invulnérables. Et en tout cas totalement sourdes aux invectives qui tiennent lieu à certains de discours politique. Ceux dont on a respiré de longs mois le vieux pull oublié au fond d'un placard, ceux dont on a arpenté la chambre vide, l'âme en peine, ceux-là qui en partant nous ont amputé d'un membre inconnu de nous-mêmes, ceux-là que l'on supplie dans notre tendresse animale de nous enterrer, nos « to'borné » que notre destin de Libanais nous condamne à attendre, une ou deux fois l'an, davantage pour les plus chanceux, à la sortie des douanes, ceux-là transforment pour nous l'obscurité en lumière et les menaces en musique.
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