Rechercher
Rechercher

Ils arrivent !

Ils vont braver les tempêtes, jongler avec les vols, les dates, les réservations, les listes d'attente. Comme le début de l'été, la fin de l'année est saison de retours. Trente ans que cela dure et que cela recommence. Le bonheur ineffable, l'agitation frénétique, la petite lueur de désir qui s'allume encore devant une babiole, un bijou, un beau vêtement, c'est pour eux, pour leur joie quand ils seront là. On a rafraîchi la maison, fait retapisser le canapé du séjour, tourner la cuisine à plein rendement. On a fait réviser la voiture. On a « dit » aux cousins, aux oncles et tantes, à la nounou, aux amis d'enfance. Ils viendront dîner à la maison. Au moins une famille sur dix attend l'un des siens. Parti terminer ses études, chercher fortune ailleurs, faire des enfants dans des pays plus stables où le lendemain ressemble inexorablement à la veille. L'Avant, ici, est tout entier dans cette attente. C'est presque une nouvelle naissance, ce retour des enfants au monde où ils ont vu le jour. De les avoir parfois croisés sur Skype en rusant avec les fuseaux horaires, d'avoir guetté sur leur visage des signes de fatigue ou d'amaigrissement, de s'être dit que c'était mieux ainsi, mieux qu'ils soient n'importe où hors de ce pays, n'a jamais empêché d'en être parfois malade de manque.
Ils arrivent et rien d'autre ne compte. On ne suit même plus l'agitation, là-bas, en haut lieu, où ils en sont de leurs querelles, quelle nouvelle gabegie ils font passer en douce, ni quelle énormité se trame, quelle explosion ou quel pétard mouillé . On s'en fiche. On s'en fiche parce que le retour des enfants ramène dans chaque foyer la gaîté perdue le reste de l'année. Et la dignité qui va avec. Les familles réunies se sentent invulnérables. Et en tout cas totalement sourdes aux invectives qui tiennent lieu à certains de discours politique. Ceux dont on a respiré de longs mois le vieux pull oublié au fond d'un placard, ceux dont on a arpenté la chambre vide, l'âme en peine, ceux-là qui en partant nous ont amputé d'un membre inconnu de nous-mêmes, ceux-là que l'on supplie dans notre tendresse animale de nous enterrer, nos « to'borné » que notre destin de Libanais nous condamne à attendre, une ou deux fois l'an, davantage pour les plus chanceux, à la sortie des douanes, ceux-là transforment pour nous l'obscurité en lumière et les menaces en musique.
Ils vont braver les tempêtes, jongler avec les vols, les dates, les réservations, les listes d'attente. Comme le début de l'été, la fin de l'année est saison de retours. Trente ans que cela dure et que cela recommence. Le bonheur ineffable, l'agitation frénétique, la petite lueur de désir qui s'allume encore devant une babiole, un bijou, un beau vêtement, c'est pour eux, pour leur joie quand ils seront là. On a rafraîchi la maison, fait retapisser le canapé du séjour, tourner la cuisine à plein rendement. On a fait réviser la voiture. On a « dit » aux cousins, aux oncles et tantes, à la nounou, aux amis d'enfance. Ils viendront dîner à la maison. Au moins une famille sur dix attend l'un des siens. Parti terminer ses études, chercher fortune ailleurs, faire des enfants dans des pays plus stables où le lendemain...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut