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Flâner

Tout compte fait, le soleil oblique qui a rasé le Liban en ce décembre printanier est propice au commerce... et à la culture. Voilà une saison où l'on est habituellement recroquevillé chez soi, où l'on passe la soirée en robe de chambre à biberonner le flux glauque de son téléviseur. Mais pour le coup, tout le monde est dehors. Au centre-ville de Beyrouth, l'invasion de bébés en poussettes permet de constater que la natalité se porte plutôt bien. S'il est vrai que chaque épisode de guerre vide le pays de ses jeunes, ce manque est systématiquement compensé par un baby boom plus ou moins énergique. Une nouvelle génération se pointe, conçue dans la peur, élevée dans l'espérance, programmée pour aller chercher son avenir ailleurs. Les poussettes se trouvent pour l'heure dans la case espérance. On entend gazouiller sous les bonnets de laine - un coup de froid est si vite arrivé.
Se promener à pied dans ces rues piétonnes. Attendre, sur le coup de 17h, l'éclairage des guirlandes. S'il ne pleut pas, il neige au moins dans les vitrines, et l'idée réjouit les passants. On s'achèterait n'importe quoi pour se sentir riche en cette période festive, qui plus est marquée par une sourdine bienvenue au niveau du discours politique. S'attabler au café. Regarder les enfants rouler sur des trucs. Les enfants adorent rouler. Et se poursuivre. Et tomber sur le pavé. Se relever dignement sous le regard des flâneurs. Même pas mal.
À quelques pas de là, en descendant vers la mer par la rue Trablos ou la rue Allenby, se dresse le magnifique et pourtant éphémère Beirut Exhibition Center. Avec ses parois en chrome où danse la ville, ce bâtiment nomade s'offre une période de sédentarité. Les architectes libanais qui l'on conçu à New York on imaginé l'entourer d'un jardin de roseaux et d'un plan d'eau qui en doublera l'effet de miroir. On y travaille. En ce moment, il accueille le Salon d'automne du musée Sursock. Avec pour avantage une meilleure accessibilité, un aspect plus démocratique et moins intimidant (notamment pour les poussettes !) et des volumes adaptés à l'art, ce qui est une nouveauté au Liban. Les œuvres exposées, qui comme chaque année reflètent les humeurs et les préoccupations des Libanais, sont bien plus sereines que dans le passé. Signe qu'il suffit que le canon se taise pour que remontent les tentations bourgeoises. Et c'est tant mieux. Les artistes nous proposent de choisir la culture contre la politique. Ce qui est en soi un manifeste éminemment politique. Certains ont collecté des flyers d'expos, des programmes de théâtre et de cinéma pour en faire un collage. D'autres ont assemblé des affiches détachées des panneaux, témoins de spectacles révolus. Le clou, dans cet ensemble d'œuvres pour une fois dépassionnées, est selon les organisateurs une huile qui représente les huiles de la république barbotant ensemble dans une piscine. Le trait est cruel, souligne le gras des uns, le poil grisonnant des autres, le vieillissement qui gagne, les cheveux mouillés, à eux seuls une débâcle, le mou de l'ensemble. Même pas peur !
Tout compte fait, le soleil oblique qui a rasé le Liban en ce décembre printanier est propice au commerce... et à la culture. Voilà une saison où l'on est habituellement recroquevillé chez soi, où l'on passe la soirée en robe de chambre à biberonner le flux glauque de son téléviseur. Mais pour le coup, tout le monde est dehors. Au centre-ville de Beyrouth, l'invasion de bébés en poussettes permet de constater que la natalité se porte plutôt bien. S'il est vrai que chaque épisode de guerre vide le pays de ses jeunes, ce manque est systématiquement compensé par un baby boom plus ou moins énergique. Une nouvelle génération se pointe, conçue dans la peur, élevée dans...
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