En octobre, on avait fini par l'avoir, cette première averse qui sème la panique, fait déborder les gouttières et dégorger les caniveaux, et vous surprend en bras de chemise, vulnérable, quasi nu. Le cheveu dégoulinant, les sandales mouillées, les lunettes brouillées, tétanisé dans une flaque, on s'était promis de sortir son imperméable, garder un parapluie à portée de main et se chausser plus sérieusement. Le lendemain plus rien. Le surlendemain non plus. Et nous voilà en décembre, sous un soleil d'on ne sait quelle saison, un œil blasé sur le bleu de la mer, l'autre perplexe sur la pureté du ciel. Jamais les oranges n'ont été aussi sèches, ni les clémentines aussi tourmentées. Les arbres ont bien jeté quelques feuilles, histoire de marquer le coup. Mais d'autres fleurissent et fructifient en même temps, déboussolés. On s'est acheté un pull. Des fois que. Encourageante, la vendeuse avait promis un hiver terrible. S'il advenait un hiver. On l'a enfilé un matin. Et puis on l'a ôté. Dans les magasins de mode, on raconte que les sacs battent des records de ventes. Quoi d'autre ? Au centre-ville, tout au bout de la perspective Fakhry Bey, des grues installent le sapin géant qui avait naguère pris racine place des Martyrs. Son étoile, près de la lune en croissant du minaret voisin, avec la mer étale au fond du décor, brille comme dans un rêve. Le Liban a-t-il changé d'hémisphère ou bien avons-nous la mémoire un peu courte ? Les hivers semblent de plus en plus tardifs sous nos latitudes. Le ministre de l'Environnement lui-même a dû intervenir pour rassurer la population : il pleuvra le 5 décembre. Après, on n'en sait rien. C'est déjà arrivé paraît-il. C'est un symptôme de désertification, ce ciel sec, ces matinées chaudes, ces nuits un peu plus fraîches. Et ces Noëls solaires, bêtement radieux, où la magie des légendes peine à survivre. Mais nous n'allons pas grogner, à l'heure où en Europe un hiver enragé s'acharne sur les infrastructures. Nous n'allons pas nous ronger les sangs à cause de l'étiage qui menace. Nous allons juste profiter des beaux jours pour faire le plein de bonne humeur et de ces vitamines réfractaires aux orages. Et nous offrir ce luxe qu'après de trop longues années d'hystérie, de drames et de débats stériles nous avions oublié : parler de la pluie et du beau temps. Le plus sérieusement du monde.
En octobre, on avait fini par l'avoir, cette première averse qui sème la panique, fait déborder les gouttières et dégorger les caniveaux, et vous surprend en bras de chemise, vulnérable, quasi nu. Le cheveu dégoulinant, les sandales mouillées, les lunettes brouillées, tétanisé dans une flaque, on s'était promis de sortir son imperméable, garder un parapluie à portée de main et se chausser plus sérieusement. Le lendemain plus rien. Le surlendemain non plus. Et nous voilà en décembre, sous un soleil d'on ne sait quelle saison, un œil blasé sur le bleu de la mer, l'autre perplexe sur la pureté du ciel. Jamais les oranges n'ont été aussi sèches, ni les clémentines aussi...
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