C'est dans ce pays, de l'avis de tous invivable, que nous avons décidé en masse de placer nos économies. Et pas dans le genre d'article que transportent traditionnellement les peuples voués à l'errance. Pas dans le bijou, l'objet précieux ou le tapis d'Orient. Dans la pierre, dis donc, du très lourd, pas moins. À peine a-t-on trois sous devant soi que l'on se transforme en agent immobilier doublé d'un architecte, écumant la ville à la recherche non pas d'un nid, mais d'un coffre-fort à la taille d'un appartement.
C'est petit, Beyrouth. Non seulement c'est petit, mais c'est atomisé en pseudo-ghettos, aucune communauté ne voulant dormir près de l'autre. De nouvelles générations montent. Il leur faut de la place. Elles ont vécu à l'étranger. Elles ont d'autres mœurs et d'autres exigences. C'est pour elles que nous abattons ces demeures épuisées, colonisées de longue date par des chats indolents, méchamment égratignées par des épisodes de guerre, refermées sur quelque souvenir d'enfance parfumé de café, de citron et de fleur d'oranger. Au temps de la terre.
Ce soir encore, entre voisins, demain à l'heure du « lunch break », dimanche au déjeuner du dimanche, nous ne parlerons que de cela. De la tour qui pousse au coin de la rue, et où c'est qu'on va garer sa voiture. Des décibels qui secoueront le quartier de longs mois durant, tous les avant-midi, et parfois même la nuit, quitte à verser à la « baladiyyé » son amende dérisoire, jusqu'à ce que le monstre eut fini d'avaler l'horizon. Nous parlerons en connaisseurs de la valeur d'un m² par secteur. Au temps de la pierre, Beyrouth se quantifie en dollar. Le bas de laine n'est plus ce qu'il était ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef