Piètre consolation, le reste du monde n'est pas non plus au meilleur de sa forme. Les nouvelles qui nous parviennent d'ici et de là ne sont que symptômes inquiétants d'une planète qui se relâche. Encore attachées aux acquis économiques et sociaux d'un siècle révolu, les populations occidentales, européennes surtout, ne demandent rien moins à leurs gouvernants que d'arrêter le temps, inquiètes de voir venir à grands pas l'ère nouvelle où, comme chez nous, l'État ne servira plus à rien et où seule la solidarité entre les gens fera office de sécurité sociale. Il ne s'agit pas ici de jouer les prophètes à trois sous, mais dans une poignée de lustres nous serons neuf milliards d'êtres humains sur cette planète, et tous les manuels de politique et de gestion sont déjà à réviser. À l'heure où se profile le temps de l'individu roi, quand chaque unité d'habitation deviendra un ersatz d'État avec son pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, il faudra au moins avoir pavé la voie à une humanité responsable en transmettant ces valeurs qui permettent un mieux vivre ensemble.
Tout cela n'est pas aussi sombre qu'il y paraît. L'humanité franchit une étape de son histoire qui implique d'abord un refus, puis une adaptation à une réalité nouvelle. À Beyrouth, si l'on ferme les yeux sur le marasme politique, on se réjouit des événements festifs qui font vibrer la ville. Ouvertures de magasins, célébrations, fêtes intempestives, une élégance nouvelle qui se fait jour, tout cela, la génération 1975 osait à peine en rêver, terrée dans les abris pendant plus de 15 ans. Cette prospérité inespérée se nourrit à ce glamour, fut-il de façade. Il suffit d'y croire et de jouer le jeu. Bien sûr, tout le monde n'en profite pas directement, mais le bonheur des uns ne fait pas forcément le malheur des autres. Bien au contraire, le luxe a tendance à déborder et fait travailler nombre de petits métiers. À défaut de réformes, musique et pyrotechnie ? Difficile à croire, mais ça marche ■


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