Combien de jours, combien de semaines, combien de mois peut-être, je ne sais plus, que je n'ai ouvert une chaîne locale ou subi un journal télévisé. C'est à peine si je regarde les grands titres des quotidiens, sans même les lire je crois. Je ne sais plus comment c'est arrivé. On décroche un jour sans raison, et puis on s'habitue. Étrangement, j'en ai la peau plus fraîche, le cheveu plus tonique, l'esprit plus alerte. Évidemment, ce ne sont pas choses à répéter quand on travaille soi-même dans la presse écrite. Bien entendu, je ne recommande pas cette cure d'insouciance qui serait une insulte à la liberté d'expression. J'en constate simplement les bienfaits. Avant de me transformer en autruche, j'étais une citoyenne impliquée dans la vie publique, qui se triturait les méninges à analyser les insultes des uns et les déconvenues des autres, les crises de reflux de l'un et les migraines de son rival. Je me demandais ce que cela aurait comme incidence sur ma vie et celle de mes proches. Si cela ramènerait l'électricité dans les câbles et l'eau dans les moulins, si je pourrais continuer à me rendre à mon travail, tout ça. Mais la politique au Liban est une affaire dont la densité intellectuelle me dépasse. Pour l'heure, je produis, je consomme, je prends soin des miens, c'est la seule pierre que je peux apporter à cet édifice. Modeste peut-être, mais au moins contribue-t-elle à le faire tenir.
Il y a trop de passé dans ce pays. Trop de dynasties, trop d'héritiers, trop de haines dont on a oublié la source tant celle-ci se perd dans l'obscurité des âges. Si seulement, pour un seul jour, nous pouvions remettre les compteurs à zéro. Si seulement nos chaînes de télévision locales pouvaient cesser de consacrer leur prime time aux pugilats politiques. Si seulement, pour un seul jour, quelqu'un pouvait ici s'intéresser à l'avenir, à l'instruction d'un peuple qui pour être alphabétisé n'en est pas moins, dans sa majorité, inculte. À ce stade de l'évolution du Liban, si l'on fait le décompte des crises traversées en quelque 70 ans depuis sa création, il n'est pas difficile de constater l'échec de la formule sur laquelle ce pays est posé. Que faire ? Trouver autre chose, bien sûr. Mais le moyen, quand tout le monde est enlisé dans ses craintes de finir à la mer ou sous la botte de l'autre ? Quand tout le monde s'attache à son sectarisme comme à une bouée, alors que la bouée est elle-même la cause du naufrage. Où trouver un peu d'imagination dans ces esprits échauffés que seul intéresse l'effet immédiat d'une menace ou la perspective d'un coup fourré ?
L'effet du journal de 20h est si délétère qu'il faudrait l'interdire aux mineurs. Qu'on leur donne un bon livre et qu'on baisse le son. C'est encore le meilleur moyen de préserver leur liberté de penser. La nôtre est usée d'avoir trop servi en vain ■
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Combien de jours, combien de semaines, combien de mois peut-être, je ne sais plus, que je n'ai ouvert une chaîne locale ou subi un journal télévisé. C'est à peine si je regarde les grands titres des quotidiens, sans même les lire je crois. Je ne sais plus comment c'est arrivé. On décroche un jour sans raison, et puis on s'habitue. Étrangement, j'en ai la peau plus fraîche, le cheveu plus tonique, l'esprit plus alerte. Évidemment, ce ne sont pas choses à répéter quand on travaille soi-même dans la presse écrite. Bien entendu, je ne recommande pas cette cure d'insouciance qui serait une insulte à la liberté d'expression. J'en constate simplement les bienfaits. Avant de me transformer en autruche, j'étais...