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Phobies

Les Européens ont peur des immigrés. À l'heure où les sociétés occidentales se désindustrialisent, elles ont besoin de moins de bras qu'avant les délocalisations. Voilà que les nouveaux-venus leur pèsent et qu'elles se les renvoient comme des patates chaudes, ces Roms et ces Africains dont elles n'ont que faire. Plus près de nous, les Israéliens ont peur des Palestiniens (ils font trop d'enfants, ils sont tous des terroristes !) et vice versa (ils vont tous nous massacrer, ils nous rejouent le scénario nazi). Les Émirats sunnites et l'Arabie saoudite, eux, ont peur de leurs communautés chiites depuis la montée en puissance de l'Iran.
Au Liban, toutes ces phobies vont dans tous les sens : les sunnites ont peur des chiites qui, eux, ont peur des réfugiés palestiniens traditionnellement alliés des premiers. Les chrétiens pris entre deux feux, au lieu d'offrir leurs bons offices, préfèrent choisir leur camp. Ils le font en fonction de critères proches de la méthode Coué, basés sur des clichés plus ou moins imbéciles (« les chiites sont comme ceci, les sunnites sont comme cela, le plan Kissinger est réactivé, on va nous jeter à la mer » etc.). Les druzes, ne se sentant pas protégés par l'État libanais, abandonnent leurs alliances internes et préfèrent s'en remettre à la Syrie, partenaire incontournable, de plein gré plutôt que sous la contrainte. En somme tout le monde a peur de tout le monde, et plus le monde se mondialise, plus il offre de prétextes au repli identitaire. Dans le giron de sa communauté, chacun se gargarise de poncifs éculés et cultive la haine de l'autre, ce ciment archaïque, pour mieux s'aguerrir.
Sommes-nous face à un phénomène généralisé de dé-civilisation ? En ce millénaire naissant, que sont devenus les grands projets nationaux, les mythes et les discours fondateurs ? Réduits à néant au profit d'une atomisation de plus en plus fine de tous les peuples du globe. D'ailleurs, le mot peuple lui-même n'a plus de sens, si toutefois il existe. Tout se passe comme si la crise financière enclenchée en 2007, en ruinant les États, les a privés de leur pouvoir fédérateur. Ramassis de communautés agglutinées par affinités de culture, de langue, de croyance ou de style vestimentaire, le monde, tel qu'il se présente en cet entre-deux où quelque chose de nouveau se met en place, ressemble au Liban. Ici on a déjà testé pour vous l'absence d'État, de projet commun, le règne de l'individu, le communautarisme dans ses formes les plus abjectes. Certains en sont morts, d'autres y ont survécu, et ils sont là pour témoigner qu'on peut tout à fait vivre dans le chaos. Sauf que c'est très pénible. Sauf que le temps passe vite à se haïr. Sauf que seule l'ouverture bienveillante à autrui est créatrice et permet d'avancer ■
Les Européens ont peur des immigrés. À l'heure où les sociétés occidentales se désindustrialisent, elles ont besoin de moins de bras qu'avant les délocalisations. Voilà que les nouveaux-venus leur pèsent et qu'elles se les renvoient comme des patates chaudes, ces Roms et ces Africains dont elles n'ont que faire. Plus près de nous, les Israéliens ont peur des Palestiniens (ils font trop d'enfants, ils sont tous des terroristes !) et vice versa (ils vont tous nous massacrer, ils nous rejouent le scénario nazi). Les Émirats sunnites et l'Arabie saoudite, eux, ont peur de leurs communautés chiites depuis la montée en puissance de l'Iran.Au Liban, toutes ces phobies vont dans tous les sens : les sunnites ont peur des chiites...
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