Depuis que le ramadan a emporté la moitié des touristes et qu'on se retrouve entre soi, écrasés de chaleur, cherchant au ralenti une issue honorable à l'été qui n'en finit plus, les pannes d'électricité réveillent le primitif qui sommeille en chacun. Nous rappellent à quel point le Liban est encore précaire, incapable qu'il est d'assurer à ses citoyens le minimum syndical d'un pays civilisé : l'énergie. Alors oui, on va se renvoyer la balle, incriminer les gouvernements précédents qui ont fermé les yeux sur la collecte, se sont sucrés sur le carburant, ont négligé les frais d'entretien des centrales, sans seulement évoquer la nécessité d'en créer de nouvelles. Qu'importe, on le sait, le problème de l'électricité est endémique. La seule fois dans leur histoire que les Libanais ont cru ne plus jamais avoir de pannes, la seule fois où ils ont même consenti à se désabonner du générateur (tout en gardant la bécane de 1976 sur leur balcon au cas où), c'était dans la première moitié des années 90, quand Rafic Hariri, nommé chef du gouvernement, leur en a fait la promesse et s'est un tant soit peu appliqué à la tenir. Chose qui tenait visiblement du miracle puisque depuis lors, tous les ministres de l'Énergie semblent avoir abandonné la partie.
Toujours est-il que vivre sans électricité en 2010 c'est faire, plusieurs fois par jour, l'expérience d'une sorte de fin du monde (la fin du monde est généralement figurée comme un moment où tout s'arrête). L'ascenseur, par exemple, la musique, la télé, le micro-ondes, et surtout, surtout l'air conditionné. Ainsi rendus à une ère d'avant le confort moderne, c'est une régression mentale vers la même époque dont nous sommes menacés. Tantôt échauffés, tantôt englués dans la grande chaleur moite, les esprits n'ont pour leur part aucune chance de briller dans le noir ■


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