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Nomade

« La démocratie est sédentaire, le marché est nomade », écrivait Jacques Attali dans L'Express (deuxième semaine de juillet). Avec la mondialisation, c'est un monumental courant d'air qui a ouvert les marchés les uns aux autres, secouant au passage le principe même de la démocratie qui suppose un territoire, des frontières, un peuple. Dans nos éternelles interrogations sur la précarité politique, et donc sécuritaire, du Liban, voilà qui peut nous apporter un éclairage.
Le territoire, il existe, bien qu'un peu flou aux entournures. Le peuple est là, sans aucun doute, brave et bon, roué, à force de cohabitations délicates, aux traditions qui font les bons voisinages. Voilà plus d'un siècle, après avoir engagé entre eux des batailles sanglantes, que maronites et druzes se rendent réciproquement les hommages funèbres. Pas un ramadan où les chrétiens ne participent en masse, accueillis avec une joie sincère, aux repas traditionnels de la rupture du jeûne. Pas un Noël où les chrétiens ne reçoivent leurs amis musulmans au dîner rituel. Ces échanges sont significatifs, malgré une tendance au repli depuis la guerre, du réel désir de vivre ensemble et en paix d'un peuple qui fut le premier au XXe siècle à subir l'amère expérience d'un long conflit civil. On ne nous y reprendra plus, jurons-nous tous les jours. Mais si nous le jurons tous les jours, c'est que cela nous pend constamment au nez. La magnifique campagne de presse orchestrée cet été par l'office du tourisme libanais à Paris en est témoin : la majeure partie des articles écrits sur la splendeur revenue de Beyrouth ne peuvent s'empêcher de souligner, de la bouche des Libanais eux-mêmes, que « pourtant, ça peut exploser à tout moment ».
Exploser, pour quelle raison, alors que cette prospérité inespérée après de longues années de vaches maigres et de chaos total ramène un semblant d'égalité sociale ? Pour quelle raison, quand une armée légale de 70 000 hommes peut désormais faire le poids, au moins à l'intérieur, contre les caprices des milices ? Parce que la Syrie, parce que Israël, parce que l'Iran, parce que le Hezbollah, le CPL, les Forces libanaises, les Kataëb, le Courant du futur, le 8 Mars, le 14 Mars, le Rassemblement démocratique, et tout ce monde bigarré qui attend de se rentrer dedans ? Parce que le marché dirions-nous. Ce fameux marché incompatible avec la démocratie parce qu'il ne connaît pas de frontières. C'est le marché qui crée l'espion à la solde d'Israël, qui dessine la caricature du Libanais « prêt à vendre père et mère » et plus facilement encore son pays pour augmenter son capital personnel. Le marché qui nous rend nomades, insouciants des frontières, du patrimoine, de l'environnement, de l'autre tout simplement, et finalement de soi-même puisque de tout cela dépend notre qualité de vie. Nomades mais pas déracinés. Comment vivre avec cette double nature ? Et se débarrasser de l'idée parasite selon laquelle, à chaque instant, « tout peut exploser » ? 
« La démocratie est sédentaire, le marché est nomade », écrivait Jacques Attali dans L'Express (deuxième semaine de juillet). Avec la mondialisation, c'est un monumental courant d'air qui a ouvert les marchés les uns aux autres, secouant au passage le principe même de la démocratie qui suppose un territoire, des frontières, un peuple. Dans nos éternelles interrogations sur la précarité politique, et donc sécuritaire, du Liban, voilà qui peut nous apporter un éclairage.Le territoire, il existe, bien qu'un peu flou aux entournures. Le peuple est là, sans aucun doute, brave et bon, roué, à force de cohabitations délicates, aux traditions qui font les bons voisinages. Voilà plus d'un...
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