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Bienvenue aux Libans

Non, ce n'est pas une faute d'orthographe, malgré la dysphasie qui gagne à force de jongler avec les identités. Gibran disait bien « J'ai mon Liban et vous avez le vôtre ». Soit, sauf qu'il s'agit du même. Question de perspective.
En cet été surpeuplé, le Liban est pluriel comme jamais. À commencer par Beyrouth, échelle réduite de toute la diversité qui sévit ailleurs. Au centre-ville ressuscité par Solidere et d'ailleurs totalement désolidarisé de tout le reste, extraterritorialité « plush » et policée (où l'on époussète même les feux de signalisation au plumeau), fait écho, à une encablure, l'envers obscur de la capitale. Celui des squats longeant la plage d'Ouzaï vers le Sud, mystérieuse et par endroits inaccessible banlieue, entité tout aussi autonome que la précédente mais clairement moins soucieuse de coquetteries urbanistiques. Le siècle d'un côté, la règle de l'autre. Les paillettes ici, l'austérité là-bas. Libéralisme contre rigorisme, griffes de luxe contre Katioucha. Les gens vivent comme ils peuvent, prospèrent parfois, peinent souvent, mais l'argent coule à flot d'une part comme de l'autre et la misère de la banlieue sud comme le clinquant du nouveau bord de mer ne reflètent pas une réalité sociale, mais des priorités différentes.
De part et d'autre on vit dans l'urgence. On vit comme on le prétend des Gaulois, dans l'angoisse qu'un jour le ciel vous tombe sur la tête, alors on vit vite. Le soir, comme une marée, comme une nausée, comme un flux malsain soulevé par les nouvelles intrigues de la journée, le journal télévisé déverse au cœur des foyers la paranoïa des courants politico-religieux. Archaïques, les chaînes locales manquent de moyens, publient des reportages rudimentaires où il est rarement fait cas du droit à l'image, où les victimes sont traitées sans aucune considération pour leur personne humaine, où les présentateurs sont contraints à un ton alarmiste destiné à tétaniser le téléspectateur pour l'empêcher de zapper.
Le lendemain c'est pour chacun après soi le déluge. Tous ces pays en soi, ce puzzle dont aucune pièce ne s'emboîte, ça vous fait l'âme en confettis. Par endroits la nature est si douce, le silence si parfait, la terre si parfumée que l'on s'y croirait un berger d'Arcadie vivant l'éternité et un jour. Ailleurs on se complaît dans les bruits de bottes : on vend son bien au rabais à cause des rumeurs, on vide sa poubelle sur la chaussée parce que « ce pays n'est pas à nous », on joue au volant son va-tout, de nuit, pour l'adrénaline de l'instant, et qui se fiche de l'aube. La vérité c'est qu'on ne sait plus vivre autrement. Israël nous galvanise en nous parlant de guerre, et sans vouloir la guerre nous agissons sous sa loi. Et nous en transmettons les effets à nos enfants qui feront de même avec les leurs  ■
Non, ce n'est pas une faute d'orthographe, malgré la dysphasie qui gagne à force de jongler avec les identités. Gibran disait bien « J'ai mon Liban et vous avez le vôtre ». Soit, sauf qu'il s'agit du même. Question de perspective. En cet été surpeuplé, le Liban est pluriel comme jamais. À commencer par Beyrouth, échelle réduite de toute la diversité qui sévit ailleurs. Au centre-ville ressuscité par Solidere et d'ailleurs totalement désolidarisé de tout le reste, extraterritorialité « plush » et policée (où l'on époussète même les feux de signalisation au plumeau), fait écho, à une encablure, l'envers obscur de la capitale. Celui...
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