Une marque de bière locale communique sur la Coupe du monde en jouant sur le mot coupe. On jongle avec le décalage horaire pour suivre les matches en temps réel, idéalement le soir. Les fenêtres de la ville ont hissé le grand pavois dès l'ouverture du Mondial. Mais ce drapeau français qui flottait seul sur cinq étages, on l'a décroché. J'ai longuement observé la scène. Les quatre hommes détachant les quatre bouts. Les deux coins rabattus l'un sur l'autre. Le pliage religieux, en triangle, qui rappelle le départ du dernier GI de Saigon. Décidément, les Bleus n'ont pas perdu une simple bataille.
Le marchand de légumes aligne avec un soin d'artiste une rangée d'aubergines, une rangée de tomates, et une troisième de poivrons jaunes. Il porte aussi une casquette et un bracelet aux couleurs de l'Allemagne. L'œil rivé à son poste, il ne regarde même pas la balance en y jetant vos provisions. Il n'a littéralement que des cousins germains dans cette vaillante équipe. S'ils gagnent, il jure de leur payer le voyage pour Beyrouth et il les invitera tous à dîner, et il leur découpera de ses mains des petits bouts de foie cru, de cervelle pochée et de moelle blanche en chapelet. L'amour vache, décidément.
La circulation est définitivement bloquée, signe que les touristes affluent, promesse tenue. Les rooftops secouent la nuit de mille rythmes post-nucléaires, l'air qui traverse les plages décharge en pleine ville ses relents de monoï et de coco solaire. Entre les lignes de l'info locale, on perçoit tout de même comme un lointain bruit de bottes. Oh, pas pour tout de suite, peut-être plus tard, avec le retour de l'automne, la rentrée scolaire, si les choses vont trop bien trop longtemps, histoire de ne pas se ramollir. Beyrouth a besoin d'inquiétude pour vibrer. Et décidément d'insomnie, ultime cosmétique ■


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