Dans ce contexte, la création à l'arraché de l'État d'Israël a offert un exutoire. Ennemi tout désigné, il permettait de canaliser les conflits en éloignant autant que possible la perspective d'une guerre fratricide. Or celle-ci, pour des raisons religieuses, donc culturelles, n'est jamais bien loin. Comme la mort, elle est « dans la chambre à côté ». Chaque fois que l'on s'en rapproche, les soucis internes aidant et la promiscuité attisant l'exaspération pour éviter la transgression, on se tourne vers Israël.
Gérard de Nerval, grand mélancolique, raconte dans son Voyage en Orient une histoire caractéristique de nos mœurs. Hébergé par un cheikh du Kesrouan en plein conflit interreligieux de la Montagne, il entend une rumeur selon laquelle des villages chrétiens auraient été attaqués par des druzes. Aucun moyen de le vérifier, mais dans le doute, les fougueux chevaliers de la région décident d'organiser une expédition punitive. Nerval veut en être, vivre quelque chose d'intense pour une fois. Après quatre heures de route, il voit ses compagnons préparer l'assaut. Il prend un yatagan, sentant venue son heure de gloire. « Plusieurs d'entre eux semblèrent se concerter puis ils se mirent à attaquer la haie de cactus qui formait la clôture (...) les spatules épineuses roulaient à terre comme des têtes coupées », raconte le poète, ajoutant avoir demandé au prince « si nous n'avions d'ennemis à combattre que des cactus et des mûriers ».
Cactus, mûriers les Placebo, Gad Elmaleh et consorts. Seule l'ignorance engendre la peur, et Kamal Joumblatt ne s'y est pas trompé au début des années 70, qui, pour éviter une réaction violente d'une certaine partie de la population, avait fait interdire un concert de Johnny Hallyday. Il faudrait aujourd'hui remercier ceux qui pour diaboliser ces simples artistes les frappent du sceau honni d'Israël. Pirouette idéale pour éviter de rejouer Caïn. « Donne-moi l'intelligence et je vivrai », dit un psaume. Il y a dans l'air comme une agonie ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef