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Beyrouth à Shanghai

Il est vrai qu'au regard des 43 000m2 du pavillon chinois, le bâtiment libanais ne pèse pas bien lourd à l'exposition universelle de Shanghai. Ce cube de 500m2 frappé d'un cèdre entre deux bandes rouges ne fera pas grand bruit. Il a pourtant le grand mérite d'exister, et sous le thème général d'une « meilleure ville pour une meilleure vie », de s'inscrire dans la catégorie des « villes qui se racontent ».
Car le Liban, c'est bien sûr de l'histoire. Notre fonds de commerce demeure l'alphabet phonétique, gloire phénicienne (plutôt sans intérêt pour les Chinois qui y sont restés réfractaires). Nous avons aussi en réserve quelques vestiges antiques, témoins d'une civilisation millénaire, chargés de pas mal d'émotion. Nous avons des danses et des chants, des musiques fusionnelles qui rappellent que Beyrouth, comme Shanghai, est une ville-pont entre Orient et Occident. Quoi d'autre ? « Meilleure ville pour une meilleure vie », Beyrouth ? Difficile de l'affirmer. La capitale libanaise, jardin de senteurs méditerranéennes pour les voyageurs des débuts du siècle dernier, havre de paix et de liberté pour les victimes des guerres mondiales et de leurs avatars ; cette ville naguère ombragée de sycomores, fleurie de bigaradiers, de jasmins débordant des clôtures, et dont les murs en pierre de sable retenaient la chaleur du jour pour l'offrir à la nuit, apporte-t-elle encore, avec ses constructions anarchiques, la chance d'« une meilleure vie » ?
La guerre est passée par là, il est vrai, et les relations entre les gens en ont pris le coup le plus dur. À trop s'enflammer contre les causes des autres, à trop ressasser de douleurs et cultiver de rancunes, les habitants de Beyrouth se sont cloisonnés en ghettos. Rares sont les quartiers où l'on trouve encore un semblant de mixité. Chacun est allé vivre dans le giron de ses semblables. De la peur à la haine, le fil est ténu. Entre-temps, la population n'a cessé de s'accroître. Les enfants du baby boom des années 90 sont presque des adultes. Bientôt ils fonderont leurs propres familles. Rien n'a été prévu pour une telle croissance dans une ville pendant longtemps si hostile qu'il était incongru d'y envisager un surpeuplement.
Il reste que le dernier moyen de restituer à Beyrouth sa douceur de vivre, c'est encore, par-delà son histoire tumultueuse, de s'en raconter le quotidien à la fois simple et lumineux. Histoires d'avant-guerre où les terrains vagues étaient plantés d'arums et de lys que le cultivateur apportait jusqu'à votre seuil en bouquets enveloppés dans du papier journal. Histoires du temps où chaque rue était un village : à l'école, on appelait « cousins » les voisins qui prenaient le même bus. Histoires de guerre aussi, où l'on se partageait ce qui était partageable et même ce qui ne l'était pas, comme la peur. Longue histoire de solidarité, de promiscuité rassurante. L'ennemi, nul n'en a jamais vu la face.
Peut-être pas une ville meilleure, mais une ville qui se raconte. Et que cela rend meilleure de se raconter. Trop humaine Beyrouth ■
Il est vrai qu'au regard des 43 000m2 du pavillon chinois, le bâtiment libanais ne pèse pas bien lourd à l'exposition universelle de Shanghai. Ce cube de 500m2 frappé d'un cèdre entre deux bandes rouges ne fera pas grand bruit. Il a pourtant le grand mérite d'exister, et sous le thème général d'une « meilleure ville pour une meilleure vie », de s'inscrire dans la catégorie des « villes qui se racontent ».Car le Liban, c'est bien sûr de l'histoire. Notre fonds de commerce demeure l'alphabet phonétique, gloire phénicienne (plutôt sans intérêt pour les Chinois qui y sont restés réfractaires). Nous avons aussi en réserve quelques vestiges antiques, témoins d'une...
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