Rechercher
Rechercher

Électroménagères

Il n'y a pas de mérite à devenir mère, comme il n'y a pas de mérite à avoir de la chance. Un jour, un être vous force le corps, vous traverse, brutalement projeté des limbes, obéissant à une mystérieuse nécessité d'être là. Un jour, un être qui n'a pas demandé à être attend de vous de le maintenir en vie et puis de le faire grandir, de le protéger malgré lui de ses démons, d'engager une lutte parfois contre lui pour l'aider à trouver son autonomie et sa place au monde.
En cette veille de fête des Mères, il est difficile de ne pas évoquer Conflit, le dernier ouvrage d'Élisabeth Badinter sur la tyrannie de la maternité. Alors que les naturalistes, selon l'auteur, veulent river la femme à son statut de mère par le biais de diktats sur l'allaitement, la natalité baisse dans les pays développés, la maternité étant perçue comme trop contraignante dans un monde où la femme est de plus en plus impliquée dans la vie active.
Il y eut une phase, jusqu'à la fin du siècle dernier, où l'épouse fut promue de ménagère à électroménagère. Vive le progrès, pour maman plus de corvée lessive, voici la machine épatante qui lave, essore, sèche et ferait bien le repassage pour les moins regardantes. En attendant la fin du cycle « délicat », voici le superaspirateur qui permet aussi de faire ses abdos pendant qu'il pompe la poussière. Il y eut aussi, que sais-je, le lave-vaisselle, la centrifugeuse, l'épluche-légumes, l'écosse-haricots, le grille-pain, le presse-
agrumes et, summum de la technologie, le micro-ondes. Et pour papa ? C'était la supertélé pour voir le foot, le rasoir électrique pour cesser de se balafrer, la belle caméra pour graver les souvenirs de vacances. C'est à ce rythme sexiste qu'a évolué le marché de l'électroménager. Paradoxalement, plus il robotisait les tâches quotidiennes, plus il dégageait de temps libre à ces femmes qui se détachaient de plus en plus du foyer, n'ayant plus grand-chose à y faire. Il y a désormais quelque chose de vexant à recevoir pour la fête des Mères un de ces « trucs » dont on était si fier de gratifier sa maman, la réduisant en toute bonne foi à un rôle de vestale, gardienne d'un système où les boutons magiques ne servent qu'à assurer, sans trop en souffrir (merci de l'attention), le confort des siens. Notons au passage que ce progrès n'était qu'une régression par rapport au XVIIIe siècle par exemple, où l'on envoyait les enfants « en nourrice » par tombereaux, la maternité étant perçue comme une sorte de déchéance de la féminité.
Qu'est-ce qu'être mère aujourd'hui ? Entre l'irresponsabilité du grand siècle et le surinvestissement domestique techniquement assisté du XXe, notre profil de mères 3e millénaire, c'est coach-
chauffeur-manager-diététicienne - d'une progéniture que nous avons pour mission de porter à l'excellence avec obligation de résultat. C'est d'autant plus angoissant que ces enfants contrariés que sont nos hommes ne trouvent rien de plus plaisant que de se mêler l'air de rien à la couvée. Aussi, pour la fête des Mères, et pour ce seul jour évidemment, on aimerait qu'on nous dise juste : « Laisse tomber, maman. »  ■
Il n'y a pas de mérite à devenir mère, comme il n'y a pas de mérite à avoir de la chance. Un jour, un être vous force le corps, vous traverse, brutalement projeté des limbes, obéissant à une mystérieuse nécessité d'être là. Un jour, un être qui n'a pas demandé à être attend de vous de le maintenir en vie et puis de le faire grandir, de le protéger malgré lui de ses démons, d'engager une lutte parfois contre lui pour l'aider à trouver son autonomie et sa place au monde. En cette veille de fête des Mères, il est difficile de ne pas évoquer Conflit, le dernier ouvrage d'Élisabeth Badinter sur la tyrannie de la maternité. Alors que les naturalistes, selon...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut