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Qui d’autre ?

Il arrive parfois que, l'esprit en veilleuse après une journée de travail, on bulle devant la télévision, à regarder sans voir et sans même zapper quelque émission sans intérêt. Mercredi soir, je me trouvais dans cet état de passivité totale, quand tout à coup m'est apparu à froid, en direct et sans crier gare, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah. Il n'y a pas si longtemps, ce genre de manifestation était annoncé avec force tirs de joie suivis de sirènes d'ambulances. On appelait les enfants pour les supplier de ne pas bouger jusqu'au générique de fin, et même après, le temps que l'enthousiasme des fidèles retombe un peu.
Je dis les fidèles, et c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce mercredi soir plus que jamais, sayyed Hassan avait des accents de prophète. Presque sans prévenir, il avait simplement pris l'antenne sur la chaîne publique pour présenter ses condoléances aux familles des victimes de la catastrophe aérienne. Il a souhaité que sa présence à l'écran soit considérée comme une présence charnelle, annonçant qu'à l'instant même où on l'entendait parler, il se trouvait en personne parmi nous, au cœur de nos foyers. Il a parlé brièvement, sans effets de manches. Il a dit qu'il avait des mots de réconfort à apporter aux familles des victimes. Voilà qui m'a sortie de ma léthargie. Des mots de réconfort, je voulais bien en apprendre, c'est souvent si difficile à trouver.
« Dites à Dieu : que Ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel », a-t-il proposé, enveloppant chrétiens et musulmans dans un même linceul de paroles saintes. Il a dit aussi qu'il ne fallait pas s'interroger sur les desseins de Dieu, parce que le malheur est la nature naturelle du monde, et que les épreuves sont faites pour nous conduire à la perfection. Sur ce thème, il avait des accents bouddhistes. Il a enfin rassuré ceux qui ont perdu un proche et qui se demandent quelle place Dieu accordera à celui-ci. Il leur a dit que les disparus du vol 409 partaient en Afrique pour nourrir leurs familles, et qu'à ce titre, Dieu les considère comme des justes et des martyrs. Voilà qui n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, puisque jeudi soir, l'oncle d'une victime venu récupérer sa dépouille à l'hôpital a déclaré à la télévision : « Demain tout le village sera là pour accueillir son martyr. »
Au Liban, on parle de Dieu comme d'une évidence imparable, ce qui ailleurs serait perçu comme un comportement sectaire ou une atteinte à la liberté de non-croyance. J'appelle à l'aide Le Nouvel Observateur et son éternel bon sens laïc. Je tombe sur le dernier éditorial de Jean Daniel : « La seule excuse de Dieu ». C'est bien la seule fois que je trouve ce mot dans mon hebdomadaire préféré. Jean Daniel cherche une explication à l'enchaînement des tragédies à Haïti. Cela commence ainsi : « Un confrère me demande pourquoi Dieu s'acharne sur les pauvres. Il ne croit pas en Dieu. »
Mais pas de Dieu, pas de réponse  ■
Il arrive parfois que, l'esprit en veilleuse après une journée de travail, on bulle devant la télévision, à regarder sans voir et sans même zapper quelque émission sans intérêt. Mercredi soir, je me trouvais dans cet état de passivité totale, quand tout à coup m'est apparu à froid, en direct et sans crier gare, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah. Il n'y a pas si longtemps, ce genre de manifestation était annoncé avec force tirs de joie suivis de sirènes d'ambulances. On appelait les enfants pour les supplier de ne pas bouger jusqu'au générique de fin, et même après, le temps que l'enthousiasme des fidèles retombe un peu. Je dis les fidèles, et c'est...
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