Bien sûr, comme on n'a pas manqué de me le signaler dans le genre de débat entre deux portes où le premier parti a le dernier mot: « Il y a au Liban des gens qui meurent de faim. » Soit, mais dans tous les pays du monde, même les plus riches, « il y a des gens qui meurent de faim ». En avons-nous raclé des assiettes, contraints et forcés dans notre enfance, pour tous les enfants de Chine, d'Afrique ou d'Inde, qui mouraient et continuent de mourir de faim.
Ce genre de réaction est typique du nombrilisme du Libanais de base qui croit sincèrement que son pays est ce petit point de la géographie autour duquel gravite toute la planète. Son horizon est coincé entre, dans le désordre, la peur de l'implantation des réfugiés palestiniens, la peur d'une attaque israélienne, la peur d'un retour de la tutelle syrienne et la peur de voir une communauté confessionnelle dominer les 16 ou 17 autres. Cet état de vigilance permanent lui fait oublier qu'il y a d'autres drames dans le monde auquel il appartient qui méritent sa compassion active.
Bien sûr, ce pays a souffert. Mais à chaque épisode douloureux de son histoire, le dernier en date étant la guerre de juillet 2006, de nombreux pays se sont précipités à son secours. Ils n'y étaient pas obligés.
La Pologne par exemple, qui compte pourtant bon nombre de personnes vivant en dessous du seuil de la pauvreté, a trouvé le moyen d'envoyer au Liban une aide de quelque 30 millions de dollars. Pourquoi ? Parce que la Pologne a le panache des grandes nations et qu'elle n'aurait pas voulu être en reste quand l'Europe s'est engagée à nos côtés.
Il nous faut communiquer énergiquement sur la dimension planétaire de notre identité. La découverte prochaine de vies extraterrestres que nous promettent les scientifiques finira par nous réduire - ou nous promouvoir - à ce que nous sommes simplement : un peuple de la Terre. Ce serait une bonne nouvelle. Une grosse bouffée d'air frais. L'occasion rêvée de sortir des angoisses étroites qui nous font ignorer autrui et parfois, disons-le franchement, le rejeter. Assister plus malheureux que nous, quel meilleur signe de santé ?


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